[3] Vive l'empereur!

[4] Dieu est grand!

[5] Écrit avant 1914. L'auteur toutefois, n'ayant rien avancé que la vérité, n'en retire rien. D'autant que, lui-même ayant eu l'honneur de servir sous le maréchal Lyautey, sait qu'il est d'autres méthodes que les fusillades pour importer en terres d'Islam notre civilisation d'Occident.


CELUI QUI EST MORT

Aux derniers Turcs encore debout.

C'est à Constantinople que je fis sa connaissance. Il y a longtemps de cela. C'était, si j'ai bonne mémoire, en 1902 ou 1903. J'étais alors officier de quart à bord du stationnaire français; et lui, capitaine d'état-major, aide de camp de Sa Majesté Impériale, Sultan Abd-ul-Hamid II. Nous fûmes tout de suite très bons amis; d'abord parce qu'il parlait un irréprochable français, délicieux à savourer, quand on s'était longuement usé l'intelligence à interpréter le français tout autre, et vraiment spécial, que pratiquent les chrétiens du cru, les rayas; ensuite, parce qu'il portait un superbe uniforme rouge et bleu, étonnamment pareil aux uniformes de chez nous, aux chers uniformes pimpants de notre ancienne armée, de celle qui remporta les victoires d'Inkermann et de Solférino... Mon père en avait été, toute sa vie durant, de cette armée-là, et ce capitaine turc me fit l'effet d'un lointain cousin retrouvé tout à coup, par très grand hasard.

Il s'appelait Arif,—Arif bey, car il était bey, étant fils de pacha. La démocratique Turquie admet cette noblesse à deux degrés, semi-héréditaire, et qui ramène à la roture le petit-fils de l'homme anobli. Le père d'Arif, vieux soldat naïf comme une jeune fille, avait conquis son titre sabre au poing, sur dix champs de bataille, de Sébastopol à Plewna. Peut-être s'était-il battu en Crimée à côté de mon père à moi.

Tant qu'il y aura par le monde des Français et des Turcs, ils feront ensemble bon ménage, car les uns et les autres sont frères en bravoure. Cette fraternité-là en vaut d'autres.