—Vous n'y croyez pas!—s'écria-t-il.—Mais je sais que vous nous aimez! et alors, grâce à Dieu, vous aurez bientôt fait d'être convaincu... Réfléchissez seulement une minute: l'empire turc est-il moins vaste que l'Allemagne ou que la France?

—Certes non, tout au contraire.

—Ne sommes-nous pas vingt ou vingt-deux millions d'Ottomans? En 1789, vous n'étiez guère davantage de Français.

—C'est exact.

—Enfin, vous avez vécu parmi nous. Eh bien! répondez-moi en toute franchise: trouvez-vous les Turcs moins braves, moins honnêtes, moins intelligents qu'aucune autre race orientale, et même que n'importe quelle autre race d'Europe?

Pour lui répondre, je me levai:

—Arif, écoutez-moi bien...: ceci n'est pas une flatterie:—Sur mon honneur d'officier français, j'affirme que les Turcs musulmans, vos compatriotes, sont parmi les plus courageux, les plus loyaux, les plus probes de tous les hommes. J'affirme pareillement qu'ils sont doux et humains, contrairement aux monstrueuses légendes sans cesse répandues par vos ennemis, les chrétiens orthodoxes et les Arméniens, tous gens fourbes et menteurs. J'affirme encore que le Turc est intelligent et industrieux, au moins autant que le Serbe et que le Hongrois plus que le Russe et que le Bulgare...

—Alors, très cher?

—Alors... Alors, Arif, vous étiez hier encore un peuple moyenâgeux, égaré parmi les nations modernes; vous êtes, aujourd'hui encore, un peuple mahométan, égaré parmi les nations chrétiennes... Arif, au lieu d'acheter des moissonneuses en France, je regrette que vous n'achetiez pas des canons.

—Oh!—dit-il,—j'ai plus de confiance que vous dans la parole d'honneur de l'Europe[1]. L'Europe a garanti l'intégrité de la Turquie. Serait-ce donc au moment que nous tentons un effort vers une civilisation plus haute, que?...