Benké a bondi sous l'insulte. Sa colère et sa surprise font pressentir les plus terribles éclats. Il se contient pourtant encore. Il s'approche d'un baquet rempli d'eau et s'y mire. La surface liquide lui reflète les trois malheureux caractères qui l'ont couvert de honte et l'ont rendu l'objet de la risée universelle.
Alors sa fureur ne connaît plus de bornes. Le rouge de la colère et de l'indignation lui afflue au visage. Il bondit comme une bête fauve, s'empare d'un énorme bambou, et se jette au-devant de la troupe des écoliers qui, pressentant une épouvantable catastrophe, commencent à pâlir.
– Lâches! leur crie Benké d'une voix étouffée par la colère, c'est pendant que je dors que vous venez m'insulter et vous moquer de moi? Que celui d'entre vous qui a écrit sur mon front ces caractères ignobles se dénonce à l'instant! Sinon, je vous écrase tous comme des vers de terre.
Et le bambou menaçant se balançait dans l'air.
Kayémon retombant de tout son poids, vint s'aplatir dans la cour.
Kayémon juge que le moment est venu de se mesurer avec son ennemi. Il s'avance vers lui et, le toisant du regard:
– Benké, lui dit-il, tu veux qu'il se dénonce? Eh bien! je vais te le dire. C'est moi, qui ai écrit…
Il n'eut pas le temps d'achever. L'hercule l'avait saisi par la ceinture. Il l'éleva du sol avec la même aisance qu'il eût soulevé une plume, le fit tournoyer un instant dans l'espace, et le lança dans l'air à une hauteur vertigineuse. Le malheureux Kayémon, retombant de tout son poids au bout de quelques secondes, vint s'aplatir dans la cour devant ses camarades terrifiés. Son corps n'était plus qu'un hideux mélange de sang et de chair, d'os et de membres disloqués. Au-dessus de cette bouillie informe planait le rire atroce du géant.
Tous les élèves épouvantés de cette scène s'enfuient en désordre et se réfugient dans l'intérieur du monastère. Mais Benké n'est pas satisfait encore. Il veut achever sa vengeance. Il se précipite dans le jardin, déracine tous les arbres qu'il rencontre, les transporte et les entasse tout autour de l'immense édifice, en fait un énorme bûcher et y met le feu… Au bout de quelques heures, le célèbre monastère de Shoshazan n'était plus qu'un monceau de cendres.