La lutte ne fut pas longue.

Benké, surpris et furieux, lui dit:

– Si tu n'étais une femme, tu n'aurais plus qu'une minute à vivre!

Un éclat de rire bruyant part de dessous le voile en guise de réponse. Benké alors, tout en se baissant pour ramasser son arme, soulève d'une main le voile qui recouvre la tête et cache la figure. Il s'aperçoit alors qu'il a à faire à un gracieux et élégant jeune homme.

Ce jeune homme porte, passé dans la ceinture, un magnifique sabre à poignée d'or. Benké le contemple avec un regard de convoitise:

– Ce sabre, se dit-il, fera très bien pour terminer ma collection.

Et il essaie de s'en emparer. Mais le jeune homme, d'un mouvement rapide, le frappe violemment au front d'un coup de son éventail.

Benké, pâle de colère, lève son sabre pour trancher la tête à ce trop audacieux adversaire; mais celui-ci, lui retenant le bras d'une main, et de l'autre arrachant l'arme, la jette dans le fleuve. La lutte ne fut pas longue. Benké fut terrassé, vaincu, pour la première fois de sa vie. Et son premier vainqueur fut un jeune homme, petit de taille, à l'aspect délicat et frêle. Le géant se prosterna:

– Qui es-tu donc, demanda-t-il, toi qui as terrassé l'invincible Benké?

– Je suis, répondit le jeune homme, le fils et serviteur du ministre Yoshitomo.