– Ton nom?

– On m'appelle Ushiwakamaru, ou si tu le préfères, Yoshitsune.

– Yoshitsune? C'est vous, dont la renommée est si grande? Ah! je suis heureux d'avoir été vaincu par le fils de Yoshitomo!

Benké, comme il se l'était promis, cessa dès ce jour ses querelles et ses luttes. Il demanda et obtint de devenir l'écuyer de son vainqueur, et Yoshitsune n'eut pas de serviteur plus fidèle.

Le vase de Kompéito

Le maire du village de Karazaki célébrait les noces de sa fille. Fonctionnaires, propriétaires et rentiers de l'endroit étaient invités au festin. Assis en rond sur les nattes, ils se passaient l'un à l'autre, sans interruption, la traditionnelle tasse de saké. La conversation allait bon train. Traits d'esprit et jeux de mots sortaient tout pétillants de ces bonnes têtes de paysans excitées par la précieuse liqueur.

Il y avait, parmi les convives, un brave et honnête vieillard, qui s'appelait Goroyémon. Il était d'une tempérance telle, que la seule odeur du saké lui donnait mal au cœur. Il ne buvait donc pas. Or, on s'ennuie beaucoup, quand on ne boit pas à un repas de noces. Le vieillard s'ennuyait donc. Le maître de la maison s'en aperçut. Il appela aussitôt une de ses servantes, et lui ordonna d'apporter le vase de Kompéito.

Je dois expliquer deux choses au lecteur, sans l'explication desquelles, il aurait une certaine peine à comprendre ce récit. La première, c'est qu'on appelle au Japon du nom gracieux de Kompéito de petits bonbons en sucre, blancs ou roses, comme nos dragées de France; la seconde, c'est que le vase de Kompéito, que le maître de la maison se fit apporter par sa servante, était une petite jarre, dont le col assez étroit, pouvait donner passage à une main d'homme. Cela dit, je continue.

La servante apporta le vase de Kompéito.