La servante apporte donc le vase de Kompéito. Le maître de la maison le présente poliment au vieillard:

– Puisque vous ne buvez pas, lui dit-il, mangez donc sans façon quelques Kompéito. Cela vous distraira.

Le vieillard repousse cette offre, car, pour être poli et faire bien les choses, il faut d'abord refuser le superflu que présente un maître de maison, même quand on éprouve une terrible envie de l'accepter. Enfin, cédant aux instances de ses voisins, il prend la jarre, la pose sur ses genoux, y plonge la main et saisit quelques Kompéito. Or, voilà que la main, qui est entrée si facilement, ne peut plus ressortir. Elle demeure là, prisonnière dans la jarre, et tous les efforts du bras au bout duquel elle est fixée, sont impuissants à l'en retirer.

– Holà! qu'avez-vous donc? demande un des voisins, frappé de l'étrange expression qu'a prise tout à coup le visage de Goroyémon.

– Oh! ce n'est rien, répond ce dernier, cherchant à conserver son calme, mais ennuyé de voir que sa mésaventure a des témoins. J'ai seulement un peu de difficulté à retirer ma main de ce vase!

– C'est curieux! reprend l'autre. Attendez donc, je vais vous aider.

Là-dessus, le voisin complaisant prend la jarre des deux mains, en appuie fortement le fond contre sa poitrine, et la serrant solidement:

– Une, deux, trois, tirez! dit-il.

Le pauvre Goroyémon tire bien tant qu'il peut: vains efforts! La main récalcitrante refuse toujours de sortir.

Les convives, tout d'abord intrigués et amusés de l'étrangeté et du comique de la scène, ne peuvent retenir un immense éclat de rire.