Le vieillard, lui, ne riait point. La honte et la douleur se lisaient sur son visage.

– Ma main gonfle, dit-il tout à coup d'une voix tremblante.

Le voisin complaisant prend la jarre des deux mains.

Les convives commencent à s'inquiéter. L'un parle d'envoyer à l'instant chercher un médecin. Un autre propose un rebouteur. Le maître d'école du village, qui, depuis un moment, contemplait sans rien dire le tableau, se lève tout à coup, et d'un geste solennel imposant silence à l'assemblée, lui adresse, d'une voix magistrale, le petit discours suivant:

– Pourquoi vous troubler ainsi, Messieurs? La chose n'en vaut vraiment pas la peine. Vous n'êtes pas sans avoir plus ou moins entendu raconter l'histoire du fameux Shiba Onkô! En deux mots, la voici: Shiba Onkô, encore enfant, s'amusait un jour sur le bord de la mer, avec plusieurs de ses jeunes camarades. Il y avait, sur le rivage, une urne en terre de dimensions énormes. Que faisait là cette urne? L'histoire ne le dit pas. Toujours est-il, Messieurs, que le plus jeune des enfants, s'étant imprudemment assis sur le rebord du vase, se laissa choir dedans. Il y tomba, en poussant un cri de terreur. Ses camarades effrayés s'enfuirent de toute la vitesse de leurs jambes. Shiba Onkô ne bougea pas. Maître de lui-même, et gardant tout son calme, il reste près de la victime. Il réfléchit longtemps au moyen de sauver son petit camarade. Bientôt un trait de lumière traverse son esprit. S'éloignant de quelques pas, il ramassé une grosse pierre, la lance de toutes ses forces contre l'urne. Celle-ci fut brisée et le prisonnier en sortit sain et sauf.

Cette histoire, Messieurs, présente, à mon avis, de frappantes analogies avec la situation gênante du bon M. Goroyémon. Il ne s'agit pas d'un enfant prisonnier dans une urne, il est vrai! mais qu'importe? La main est aussi nécessaire au corps de l'homme, que l'enfant est nécessaire à la famille. Allons! je prends sur moi le rôle de Shiba Onkô. Mais ce n'est pas avec une pierre du rivage, que je briserai le vase de Kompéito, c'est avec ceci, Messieurs!

Et il montra sa pipe, sa petite pipe à tuyau de bambou et à fourneau de fer.

Le magister, d'un coup sec, fit voler en éclats, le vase de Kompéito.