Tout le monde avait, en silence, écouté l'éloquent pédagogue. Le vieillard, dont la main était toujours prisonnière, et le voisin complaisant, qui tenait la jarre, étaient restés immobiles, dans la même position.
Le digne magister a fini de parler. Il s'avance solennel, tenant sa pipe de la main droite, comme un ancien samuraï tenait levée son épée, quand il allait couper le cou à quelque manant impoli. Il relève le bord de sa manche, qui pourrait le gêner dans cette opération délicate. Puis, jetant un regard circulaire sur les convives:
– Messieurs, dit-il d'une voix sacramentelle, cette jarre est un ustensile de valeur. Mais elle est moins précieuse que la main de ce vieillard!
Il dit, et d'un coup sec, il fait voler en éclats le vase de Kompéito. Les Kompéito effrayés se répandent sur la natte, semblables à des flocons de neige…
Un grand éclat de rire part au même instant de tous les coins de la salle. La main du vieux Goroyémon apparaît aux yeux de tous, et l'on comprend alors pourquoi tout à l'heure, elle refusait de sortir…
Elle tient encore fortement serrés une dizaine de Kompéito, qui en avaient augmenté le volume, et qu'elle n'avait pas songé à lâcher!
Les Rats au temple
Sur le penchant d'une colline, dressant dans l'air ses formes bizarres et ses sculptures étranges, s'élève le temple de Couannon, la déesse de la pitié. Les pèlerins s'y succèdent en foule.
C'est un défilé de toutes les infortunes, qui passe incessamment devant la statue de la déesse, aux onze têtes et aux mille bras.
Elle a fort à faire, à écouter ces multitudes de plaintes, à exaucer ces innombrables demandes. Aussi, la bonne déesse en prend-elle très à son aise; les misères des mortels ne troublent guère son auguste repos, et ses oreilles de pierre restent parfaitement indifférentes aux appels désespérés de la douleur.