Derrière la statue insensible, une grenouille était cachée. Elle avait entendu la longue et plaintive prière. Sans se montrer, elle éleva la voix et répondit:
– Mes chers amis, c'est de tout cœur, croyez-le bien, que je compatis à vos chagrins et à vos malheurs. Le chat dont vous me parlez est, en effet, pour vous un adversaire terrible. Mais, croyez-vous par hasard que le chat soit votre unique ennemi? Ne vous en connaissez-vous point d'autres?
Derrière la statue insensible, une grenouille était cachée.
– Non! répondirent les rats, croyant que cette voix qui leur parlait était la voix de la déesse.
– Eh bien! continua la grenouille, toujours sans se montrer, c'est malheureux pour vous! Non, mes amis, le chat n'est pas votre unique et plus mortel ennemi. Vous en avez un autre, et c'est celui-là la cause unique de tout le mal qui vous arrive!
– Quel est-il donc? bonne déesse, répondit le chef de la famille. Jusqu'ici nous ne nous connaissions vraiment pas d'autre ennemi que le chat!
– Cet ennemi dont je vous parle, plus subtil, plus terrible, n'est pas loin de vous. Vous le portez avec vous-même. Il vous accompagne partout où vous allez, et voilà votre malheur!
Ici les rats se regardèrent. Il y eut dans la troupe des chuchotements à voix basse. Ils ne comprirent pas ce que la déesse voulait dire. Ils attendirent donc qu'elle leur dévoilât le mystère. La grenouille, toujours cachée, continua:
– Eh bien! cet ennemi mortel, ce sont ces dents pointues comme une vrille, que vous portez dans votre bouche. Ces dents vous démangent sans cesse. Elles ne s'arrêtent pas de travailler. La nuit, quand l'homme dort, couché dans ses oreillers, il vous entend ronger ou grignoter les poutres de son toit ou les planches de son plafond. Ce bruit l'agace et l'empêche de dormir.