Il y avait une fois une veuve, qui s'appelait Faucon. Elle habitait, avec ses deux filles, l'un des quartiers les plus pauvres de la petite ville de Naga. La plus âgée des deux enfants, qui répondait au nom de Chrysanthème, n'était en réalité que sa belle-fille, née de la première femme qu'avait eue son défunt mari.

La veuve ne l'aimait point; elle se montrait pour elle une cruelle marâtre. Toutes ses préférences étaient pour Rose, sa propre fille.

Faucon avait le tort, très grave chez une mère, à cause des conséquences qu'il entraîne, de gâter une de ses enfants et de maltraiter l'autre. Autant elle témoignait à Rose une indulgence excessive, cédait au plus petit et au plus ridicule de ses caprices, passait par dessus tous ses défauts, autant elle était sévère et brutale envers Chrysanthème, lui refusant jusqu'aux choses nécessaires, et la maltraitant pour un rien. A Rose, toutes les caresses, toutes les friandises, toutes les attentions délicates; à Chrysanthème, au contraire, toutes les vexations, toutes les privations, toutes les réprimandes, et très souvent les coups. La première possédait de beaux habits de soie, qu'elle changeait et ornait au gré de ses caprices; la seconde était vêtue pauvrement, ses habits étaient d'étoffe grossière, et elle ne pouvait y ajouter aucun ornement. C'est elle qui faisait tout l'ouvrage de la maison, se levant de bonne heure, travaillant toute la journée, et se couchant très tard, tandis que sa sœur faisait la grasse matinée, s'amusait tout le jour et se couchait dès qu'elle avait sommeil.

Chrysanthème faisait tout l'ouvrage de la maison.

Rose, étant une enfant gâtée, avait un mauvais caractère, elle était orgueilleuse et méchante. Chrysanthème, au contraire, était bonne comme un ange et douce comme un agneau. Elle cherchait à ne point porter envie à sa sœur, acceptait sans se plaindre toutes les réprimandes, injustes pour la plupart, qui ne cessaient de pleuvoir sur elle, ne se fâchant jamais et faisant sans murmurer tout le travail qu'on lui ordonnait de faire.

On était au milieu du mois de décembre.

La neige tombait à flocons. La campagne était toute blanche et il faisait bien froid.

Tandis que Rose se chauffait, assise sur la natte, les deux mains appuyées sur les bords du brasero, Chrysanthème était à la cuisine, nettoyant la vaisselle avec ses petites mains gelées.

Cédant à une brusque fantaisie, Rose appelle sa mère: