Elle n'avait pas fini de parler qu'une main s'appliquait avec force sur chacune de ses joues:

– Tiens, voilà pour t'apprendre à ne point murmurer et à obéir, quand on te commande… M'as-tu comprise, méchante enfant? Tu vas aller à la campagne, et de toute façon, il faut que tu t'arranges pour rapporter des fraises. Ta sœur Rose en désire. Allons! dépêche-toi…

Chrysanthème, dans son cœur, pensa que sa mère était bien cruelle de l'obliger à aller, en plein mois de décembre et avec une pareille neige, chercher des fraises dans la campagne. Mais elle ne savait pas se plaindre ni désobéir.

Elle prit donc un panier, et toute triste sortit de la ville. Elle marcha longtemps. La neige tombait toujours, et il faisait bien froid. Ses petits pieds sans chaussures eurent beaucoup à souffrir…

Chrysanthème prit un panier, et toute triste, sortit de la ville.

Elle avait beau marcher, il n'y avait pas de fraises. Aussi loin que sa vue s'étendait, elle n'apercevait dans la campagne que le blanc manteau de neige qui couvrait le sol, et les arbres qui en sortaient pleurant des larmes blanches. Chrysanthème fatiguée songea à retourner à la maison. Mais elle entrevit alors la réception qui l'attendait si elle rentrait les mains vides. Elle savait qu'elle serait battue. Alors, toute triste et toute rêveuse, elle s'assit sur le bord d'une pierre, après avoir, de sa manche, secoué la neige qui la recouvrait; et ne sachant plus que faire, elle se mit à pleurer.

Chrysanthème pleurait, la tête dans les mains… Soudain elle se sent frapper légèrement sur l'épaule. Elle lève la tête et aperçoit une femme très vieille, très vieille, dont le corps courbé en deux s'appuyait sur un bâton.

– Pourquoi pleures-tu, mon enfant? lui dit celle-ci avec une grande bonté dans la voix. Chrysanthème lui raconte le motif de son chagrin et de ses larmes.

– Eh bien, ne pleure plus, reprend la vieille femme, viens, je vais te mener à un endroit où tu trouveras en grande quantité de bonnes fraises bien mûres. Chrysanthème, toute joyeuse, se lève, essuie ses larmes et se laissant prendre la main, s'en va où la conduit la bonne et compatissante vieille. Elles arrivent ainsi à la lisière du bois. Alors elles s'arrêtent. La vieille femme frappe deux fois ses mains l'une contre l'autre. A cet appel, un homme qui paraît avoir trente ans environ sort du bois et s'approche. La vieille se tournant vers Chrysanthème.