– Ma fille, lui dit-elle, il faut que tout d'abord je te dise qui nous sommes. Je m'appelle Fuyunomikoto, je suis la déesse de l'hiver. Ce jeune homme est mon fils. Il est le dieu de l'été et s'appelle Natsunomikoto. Puis, s'adressant à ce dernier:
– Mon fils, voici une brave enfant qui cherche des fraises, fais qu'elle en trouve et en emplisse son panier.
Le dieu de l'été s'incline alors profondément devant sa mère en signe de la plus humble soumission. Puis, joignant les mains et levant les yeux au ciel, il prononce quelques paroles mystérieuses.
Au même instant, ô prodige! la nature se transforme. La neige disparaît; la campagne se couvre d'herbes verdoyantes, les arbres se chargent de fruits, une douce chaleur succède au froid de tout à l'heure: la terre a pris l'apparence qu'elle a au mois de juin. On voit en quantité de belles fraises bien mûres répandues parmi les fleurs.
Chrysanthème cueille les fraises et ne met pas longtemps à remplir son panier, tellement elles sont abondantes. Quand le panier est bien plein, la fillette veut remercier ses illustres bienfaiteurs. Mais elle ne les voit plus. Et voilà que les herbes, les fleurs et les fruits ont disparu à leur tour; la neige couvre de nouveau le sol et les branches des arbres; la nature a repris son apparence de tout à l'heure.
Chrysanthème se demande d'abord si elle n'a pas fait un rêve. Puis, voyant son panier rempli jusqu'au bord de belles fraises rouges, elle comprend que le ciel est venu à son aide, a eu pitié de son chagrin et de ses larmes. Et, débordante de joie, elle rentre à la maison…
Faucon et Rose furent vivement surprises de voir les belles fraises que Chrysanthème apporta. Mais, il n'y eut pour la pauvre fillette ni remerciement, ni récompense. Elle reçut l'ordre de retourner à la cuisine continuer son travail interrompu. Pendant ce temps, la mère et la fille mangèrent toutes les fraises que Rose trouva excellentes.
Quand elles eurent tout mangé, Rose dit à sa mère:
– Maman, il doit y en avoir encore à la lisière du bois. Je veux y aller, pour en cueillir moi-même.
– Il fait bien froid, ma chérie! Tu pourrais t'enrhumer. Il vaut mieux ne pas sortir aujourd'hui. Après dîner, j'enverrai ta sœur en ramasser encore.