Je renversai ma chanoinesse sur le sofa; l'évêque dénoua les cordons de son corset et découvrit à mes yeux éblouis deux hémisphères d'albâtre où des veines azurées traçaient le cours de mille rivières serpentantes; ma bouche en suivit les contours, et en peu de temps parcourut bien du pays. Cependant, de peur de faire fausse route, je mouillai l'ancre dans une mer de délices; et le saint prélat ayant jeté sa soeur sur l'ottomane voisine, s'aperçut de la double libation que j'avais faite. — Ah! ah! dit-il, ce temple a été souillé par quelque profane; mais avec ce goupillon, je vais le purifier; et rentrant dans le parvis après quelques allées et venues dans la nef, il pénétra dans le sanctuaire, qu'il purifia par une ample aspersion de son eau lustrale. La petite, en ce moment, tourna la prunelle et se raidissant, s'écria: — Ah! roi de Pégu, que tu as bien fait de te convertir!

Quel que fût le délire que me causa son ivresse, la prudence l'emporta sur mes transports, et, docile aux préceptes du vénérable prélat, je répandis ma libation sur l'architrave du portique du temple. La mère et l'oncle me félicitèrent de ma sage retraite; mais Laure m'en paraissant moins satisfaite, je me hâtai de la consoler en me replongeant de nouveau dans l'antre brûlant, qui ne m'avait vu sortir qu'à regret, et je lui procurai une nouvelle émission sans dépense de ma part. L'évêque et sa soeur s'étaient cependant rapprochés de nous, et la dame, baisant le front de sa fille, approchait de mes lèvres une fraise de son sein, que je m'empressai de sucer, pendant que le prélat, d'une main caressante, pressait mon post-face, qu'il socratisait du doigt majeur.

Nous nous remîmes après en état décent, et les ablutions nécessaires finies et les toilettes réparées, nous attendîmes l'arrivée de Valbouillant, de sa femme et de Babet, qui ne se firent pas longtemps désirer; les premiers moments de l'entrevue se passèrent en compliments. — Prince, me dit la gentille Laure, pourquoi mon oncle a-t-il invité ces gens-là? Cela va nous forcer à une gêne que je savais supporter avant l'intimité de notre liaison, mais dont la connaissance des plaisirs va me rendre incapable. — Rassurez-vous, repris-je, loin de contraindre notre élan vers la volupté, leur présence en variera les formes. — Mais un homme marié!… la présence du mari doit bien en imposer à la femme. — Bon, la présence d'une mère doit bien gêner une jeune chanoinesse; cependant… — Ah! toutes les mères ne sont pas bonnes comme la mienne. — Oh! tous les maris ne sont pas bons comme Valbouillant.

On s'était assis, on s'observait; tous avaient envie de voir la confiance et la liberté s'établir, mais personne n'osait rompre la glace. L'évêque sourit de l'embarras général, et, prenant Laure par la main, la mena à Mme Valbouillant. — Souffrez, dit-il, que je vous offre une jeune initiée; elle a d'heureuses dispositions, et, docile à vos conseils, elle saura respecter les préjugés en public et s'en dépouiller en particulier. Je demande votre amitié pour elle; bannissant entre nous tout respect humain, soyons dans ma retraite comme nous étions dans votre retraite d'Avignon. — Vous ne pouvez, répondit Mme Valbouillant, me faire un plus grand plaisir: vous n'attendez personne, je crois?

— Non, et jamais aucun domestique n'entre dans ce corps de logis, si je ne lui en donne l'ordre exprès. — Bon, en ce cas, et pour cimenter notre union et rendre notre connaissance plus intime et plus prompte, que ne prenons-nous tout de suite l'habit de la vérité? il sera très avantageux à madame et à cette belle enfant.

La signora Magdalani feignit un instant d'hésiter; l'évêque la décida en enlevant lui-même son fichu et dénouant son corset; Mme Valbouillant en fit autant à la chanoinesse, dont elle couvrit de baisers la gorge et les bras qu'elle avait d'une rondeur et d'une forme ravissantes, et Monseigneur ouvrant une petite armoire cachée dans le lambris, en tira quatre peignoirs d'une gaze très claire, agréablement ajustés, dont il couvrit nos nymphes, sans dérober leurs charmes à nos regards avides. La signora Magdalani était grande, avait les formes superbes, et semblait entourée des Grâces; on eût pris l'évêque pour l'Apollon du Vatican: Valbouillant ressemblait au dieu des jardins, et nos belles trouvèrent que j'avais assez l'encolure de Ganymède.

Le prélat ne put voir sa charmante nièce sans désirer de s'égarer dans le sentier que je venais de frayer; elle baissa les yeux, regarda timidement sa mère dont le sourire la décida à se résigner, et qui la suivit sur le canapé voisin, où elle l'encouragea par son exemple, en se livrant aux transports de Valbouillant qui, passant les jambes de la belle sur ses épaules, s'introduisit très avant dans ses bonnes grâces. Je m'insinuai dans celles de Mme Valbouillant qui, caressant d'un doigt officieux le centre des voluptés de Babet, jouissait du double plaisir qu'elle nous procurait. Six glaces avantageusement placées à la hauteur des ottomanes, répétaient les trois groupes voluptueux qu'elles multipliaient à l'infini, et les sens irrités par ce spectacle enivrant redoublaient l'ardeur de chaque combattant, qui aurait rougi d'être vaincu dans cette érotique. Magdalani, par l'agilité de ses reins, prouvait à Valbouillant que ses trente-cinq ans n'avaient rien diminué de son ardeur, et que sa fille, malgré sa jeunesse, ne la surpassait pas pour la prestesse et le moelleux des mouvements.

Le saint homme applaudissait au zèle de la chanoinesse à suivre l'exemple de sa mère. Mme Valbouillant, Babet et moi n'avions pas besoin d'être encouragés, mais ce spectacle nouveau nous rendait encore plus acharnés à fêter le dieu de Lampsaque. Les trois groupes ayant consommé leur sacrifice, nous nous réunîmes en rapprochant les trois sofas; on voyait sur tous les sofas la gaîté succéder à la jouissance; point d'air d'épuisement ni d'ennui; le fin sourire et le regard malin promettaient le prochain retour des désirs. On félicita la jeune Laure sur le courage qu'elle avait montré dans les premiers combats; sa mère reçut nos éloges pour la philosophie avec laquelle, s'élevant au-dessus des préjugés, elle avait accéléré par son exemple la félicité de sa fille. La petite se jeta dans les bras de sa mère qui la couvrit de baisers, et d'un doigt curieux tâcha de reconnaître les dégâts que mes efforts et ceux de l'évêque avaient faits. Cet attouchement réveilla les sens de la chanoinesse qui versa presque aussitôt des larmes de volupté sur la main de la signora qui reçut d'elle le même service.

Mme Valbouillant, pour nous faire attendre sans impatience le retour des plaisirs, nous proposa de nous lire une anecdote qu'elle avait reçue de Paris; tout le monde y consentit, et elle nous la lut.

On applaudit fort à cette anecdote, et l'évêque proposa du sirop, du punch pour désaltérer la lectrice et rafraîchir ses auditeurs. — Volontiers, dit la signora Magdalani; mais ne vaudrait-il pas mieux prendre auparavant le rafraîchissement du bain, mon frère en a de charmants, la chaleur est si vive que l'eau doit être assez échauffée par le soleil; nous n'avons point de toilette à faire, nos peignoirs ne tiennent qu'à un ruban. — L'idée est charmante, dit Mme Valbouillant; mais personne ne pourrait-il nous voir? — Non, dit l'évêque, le bassin touche à ce boudoir et personne n'y peut pénétrer; j'en ai la clef, et nous porterons sur le bord le punch que nous prendrons en nous baignant.