L'huile de foie de morue s'emploie en médecine dans toutes sortes de maladies, les affections scrofuleuses et tuberculeuses, le ramollissement des os, le rhumatisme et la goutte, les affections du système nerveux, etc., etc.

Quant à la théorie de l'action thérapeutique de ce puissant agent médical, elle n'est pas de mon ressort.

Le corroyeur et le chamoiseur font usage de l'huile de foie de morue, pour donner aux cuirs de la souplesse et du brillant.

Les succédanés de l'huile de foie de morue ou substances qui ont les mêmes propriétés médicales sont nombreux; on les emprunte aux cétacés, aux poissons, aux amphibies, aux mammifères, aux oiseaux, aux reptiles, aux crustacés, aux insectes et même au règne végétal. Pour ne citer que les plus connus, je nommerai: l'huile de foie de raie, celle de requin; celle de hareng; les huiles de baleines et de phoque; le lait, le suif, l'huile de pied de boeuf et de veau; le jaune d'oeuf; la graisse de serpent; le bouillon d'écrevisse; les huiles d'oeillette, de lin, de noyer, d'amandes douces, etc., etc. Je laisse aux Hippocrates présents ou futurs le soin de décider du degré de confiance qu'il faut accorder à ces divers substituants de l'huile de foie de morue, et je leur cède la place avec la douce satisfaction d'un homme qui n'a jamais éprouvé le besoin de recourir ni à cette glorieuse substance, ni à ses succédanés.


J'ai dit que la France tire des îles Saint-Pierre et Miquelon la plus grande partie de la morue qu'elle consomme.

Pour s'expliquer l'affluence des pêcheurs français dans ces eaux lointaines, il faut avoir une idée des profits qu'on peut en retirer. Il me suffira d'en citer deux exemples. On a vu des hommes prendre sur les bancs de Terre-Neuve de 400 à 550 morues dans 10 ou 11 heures. Une fois, 8 hommes en ont pris dans leur journée de pêche 80 vingtaines sur le Dogger Bank.

D'ailleurs il existe un autre stimulant. Le gouvernement français qui a, dès l'origine, compris la haute importance de ces pêches, donne à chaque bâtiment pêcheur une prime d'encouragement au prorata de sa prise. Ces primes, sont de quinze, seize et vingt francs par quintal métrique, suivant les destinations. En outre chaque bateau pêcheur reçoit cinquante francs par homme d'équipage, pour la pêche, avec sécherie, soit à la côte de Terre-Neuve, soit à Saint-Pierre et Miquelon, soit sur le grand banc de Terre-Neuve. D'ailleurs les navires engagés qui ont un peu de chance peuvent faire plus d'un voyage en Europe dans la même saison, puisqu'elle commence en mai et finit en novembre.

La partie de la mer réservée aux pêcheurs français est très étendue. Vers le nord, elle s'étend jusqu'à 3 milles des côtes de Terre-Neuve.

La valeur annuelle moyenne de toutes les pêcheries françaises est de L 3,500,000, soit à raison de 25 francs par livre sterling, 87,500,000 francs. En 1876, leurs produits ont représenté la somme de 88,990,591 francs, soit environ de 16 millions de dollars. 21,263 vaisseaux ou bateaux de pêche, montés par 79,676 hommes, étaient employés sur les différentes pêcheries.