La capture de morue dans la colonie de Saint-Pierre et Miquelon, suivant les rapports officiels, a été en moyenne, pour les cinq années finissant en 1871, de 15,425,086 kilogrammes. Les mêmes rapports montrent que pour les cinq années finissant en 1874, le nombre moyen des navires employés était de 76 et celui des bateaux de 590, jaugeant tous ensemble 12,386 tonneaux et montés par 5,335 pêcheurs.

La France pêche 25,000,000 de kilogrammes de morue par an et souvent plus. Plus des trois cinquièmes, quelquefois les quatre cinquièmes viennent des eaux de Saint-Pierre et Miquelon. Et n'allez pas croire que cette proportion date d'hier. Si je remonte à l'année 1863, je trouve 25,349,681 kilogrammes de morue représentant une valeur de 12,281,073 francs importés en France. En 1864 il y a augmentation et la pêche du même poisson donne 27,795,392 kilogrammes représentant une valeur de 19,733,700 francs.

Ajoutons en terminant que les français prennent dans les mers d'Islande plus de poisson que les Islandais eux-mêmes, et emportent chaque année en France pour une valeur de £270,000 ou 6,750,000 francs de morue. Ils ont une flotte de 290 vaisseaux montés par 4,400 hommes, chaque bateau jaugeant en moyenne 90 tonneaux.

Les pêcheurs des mers d'Islande aussi bien que ceux de Terre-Neuve reçoivent des primes d'encouragement. Vous voyez, Mesdames et Messieurs, qu'un pays place bien l'argent qu'il emploie à développer une industrie de ce genre, et je ne considère ici que le profit pécuniaire. Mais il ne faut pas oublier que la pêche développe les aptitudes maritimes de l'homme des côtes et le prépare, par son rude apprentissage, à faire un excellent marin de guerre.


On a cherché depuis quelques années à contester en Angleterre et au Canada même les droits de la France aux pêcheries de Terre-Neuve. Mais l'examen des différents traités intervenus entre la France et l'Angleterre démontre le bien fondé des droits de la première, droits qu'elle n'a cessé de revendiquer en toute occasion avec la même persistance. Le traité d'Utrecht de 1713 força Sa Majesté très chrétienne à céder aux Anglais Terre-Neuve, mais confirma en sa faveur le droit de pêche sur les côtes et dans les baies de cette île.

Le traité d'Utrecht fut confirmé; en ce qui concernait les pêcheries, par l'article 5 du traité de Paris de 1763, dont l'article VI concède en outre à la France les îles Saint-Pierre et Miquelon comme abri pour les pêcheurs français (to serve as a shelter to the French fishermen).

Une brochure publiée en 1876 à Québec et intitulée les Pêcheries de Terre-Neuve, porte en sous-titre: "Droits de la France exposés en réponse aux assertions de l'Institut Colonial." Cet opuscule parfaitement rédigé prouve en effet d'une manière victorieuse les droits de la France.

La convention de 1857 témoigne que l'Angleterre, par l'organe de son gouvernement et de ses négociations officiels, a reconnu comme fondées les prétentions de la France.