foule de rois, ces consuls, ce sénat,
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Cette pourpre, cet or, qui rehaussait sa gloire,
Et les lauriers encor, témoins de sa victoire ;
Tous ces yeux qu’on voyait venir de toutes parts
Confondre sur lui seul leurs avides regards.
On avait poussé l’esprit de conquête jusqu’à l’envahissement des coutumes et des cérémonies royales : enfin le ton d’une partie des grands personnages de cette cour présentait le contraste le plus étrange avec son éblouissante magnificence.
Pendant les trois mois qui précédèrent le départ de Napoléon et de l’armée, mon petit-fils Anatole de Lavœstine venait souvent passer des matinées entières avec moi ; je ne l’ennuyais pas, et j’ai toujours trouvé un charme inexprimable à causer avec lui, et même à le regarder ; car sa charmante figure se compose des traits et de la physionomie de sa mère et de son grand-père, M. de Genlis, dont il a la belle taille ; il tient d’eux aussi la grâce de son esprit et la gaieté de son caractère ; je ne connais pas d’âme plus noble et plus sensible que la sienne ; il n’a jamais démenti, par aucun procédé, et par l’ensemble et les détails de sa conduite, la franchise et la loyauté qui le distinguent particulièrement. Dans un de ses moments de gaieté il imagina, sans m’en avoir prévenue, de m’amener le mardi gras une nombreuse mascarade composée de personnes que je ne connaissais que de nom, et parmi lesquelles se trouvait madame la duchesse de Bassano ; toute cette société, ayant à sa tête Anatole, fondit tout à coup dans ma chambre, à onze heures du soir : j’étais déshabillée et en bonnet de nuit, mais écrivant ; personne ne se démasqua, à l’exception d’Anatole, qui me répondit qu’il n’y avait point de voleurs dans la compagnie, car j’avais eu réellement peur en entendant le vacarme inattendu de cette mascarade lorsqu’elle entra chez moi. Tous les masques m’entourèrent pour me faire promettre de leur donner toute la soirée de la huitaine, en prenant l’engagement de revenir tous à visage découvert. J’y consentis : ensuite ils s’en allèrent sans avoir voulu se démasquer ; et, de très bonne foi, je n’appris que le lendemain les noms de tous ces personnages, qui revinrent au jour indiqué, avec un homme de plus, M. le duc de Bassano. La soirée fut très agréable.
Les idées royalistes se rétablirent comme par miracle ; quant à moi, qui les ai toujours eues, je vis rentrer l’auguste famille des Bourbons avec une joie inexprimable.
Cette révolution me procura le bonheur de revoir mes élèves, Mademoiselle et M. le duc d’Orléans ; l’un et l’autre me montrèrent, dans ces premières entrevues, l’émotion, l’attendrissement, la joie que je ressentais moi-même. Hélas ! il me manquait cependant dans cette réunion deux élèves chéris, M. le duc de Montpensier et son frère M. le comte de Beaujolais, tous deux morts dans l’exil.