Dans le cours de cette année, parurent les poésies de M. de Lamartine. Ce jeune homme n’avait que vingt-six ans ; il est aussi estimable par sa conduite que remarquable par son talent.
Quant à ses poésies, on y trouve de l’esprit, de beaux vers et des sentiments religieux ; mais le fond de ses méditations est commun ; les regrets d’Young (dans ses Nuits) sur la mort de sa fille, sont plus purs et plus touchants.
M. de Lamartine a fait beaucoup de lectures dans les salons, et l’on n’a pas manqué d’y applaudir.
J’ai été frappée, ainsi que beaucoup d’autres personnes, du ridicule des noms donnés par les terroristes à différentes choses ; mais il faut convenir que cette espèce de ridicule a été portée beaucoup plus loin à quelques égards durant les dix années qui ont précédé la révolution, ce qui contrastait d’une étrange manière avec la pruderie que certaines femmes conservaient encore ; comme, par exemple, de ne jamais se permettre de prononcer le mot culotte, et cependant les mêmes personnes parlaient sans cesse des pet-en-l’air que les princes, dans leurs châteaux, permettaient de porter le matin jusqu’au dîner inclusivement.
Les noms donnés à certaines couleurs n’étaient pas plus nobles ni plus raisonnables : caca dauphin, soupirs étouffés, etc. Toutes les femmes sans exception appelaient le gros nœud de ruban qui complétait leur parure, un parfait contentement ; le petit panier qu’on mettait le matin, une considération ; et le ruban qui nouait un bonnet négligé, un désespoir.
Dans le siècle de Louis XIV, aucune de ces dénominations n’existait. Les noms mêmes de modes et de jeux avaient de la noblesse et de l’élégance : on jouait à l’anneau tournant, au papillon, au portique[2] ; presque toutes les modes avaient des noms de batailles ou de personnages célèbres, et rappelaient des idées de gloire.
[2] Qu’on a depuis appelé trou-madame.
(Note de l’auteur).
Je fus très à la mode pendant l’hiver passé[3], mais je n’eus ni l’envie ni la possibilité de répondre à toutes les avances qu’on voulut bien me faire. Mes éditions de réimpression consumaient un temps qui eût employé celui de dix littérateurs ordinaires, car aujourd’hui personne n’est laborieux. Le travail immense que je m’étais imposé me fatiguait un peu, parce qu’il était sans cesse interrompu par des multitudes de billets auxquels il fallait répondre, par des visites qui se multipliaient tous les jours, par le temps énorme que nous passions à dîner, et par celui que d’ailleurs j’étais obligée de donner souvent à M. de Valence, hors du dîner ; mais, avec de la persévérance et de l’activité, on peut suffire à tout.
[3] En 1820.