Mais nous retrouverons sans doute les grâces françaises dans les sociétés particulières : point du tout, vous n’entendrez là que des dissertations, des déclamations et des disputes…

Il n’y a rien de si effrayant que de voir les Français dépourvus de politesse, de galanterie et d’agréments. Quand ils sont sans grâce et sans gaieté, c’est une chose tellement contre nature, qu’il semble que l’on pourrait déclarer que la patrie est en danger.

Je fis hommage à mademoiselle d’Orléans d’un beau présent qu’on venait de me faire, et dont voici l’histoire. Un grand seigneur de Turin, voulant, avant la Restauration, faire une chose agréable à l’empereur Napoléon, imagina d’envoyer au jeune prince qu’on appelait alors roi de Rome, une crèche en bois sculpté faite par un artiste de Turin, qui excelle dans ce genre de sculpture ; toutes les figures, un peu plus grandes que la longueur de la main, sont parfaites par le dessin, les draperies, les attitudes et l’expression ; on y voit l’enfant Jésus, la Vierge, dont le visage évangélique est admirable, saint Joseph, les trois Mages, le petit saint Jean, un ange, et jusqu’aux animaux qui étaient dans l’étable.

Madame de Montesquiou, gouvernante alors du jeune prince, représenta qu’il était trop enfant pour lui donner une telle chose, et, comme elle montra un grand désir de la posséder, l’impératrice Marie-Louise lui en fit présent ; elle l’avait toujours soigneusement conservée, et enfin Anatole de Montesquiou l’obtint d’elle pour me la donner ; et trois ou quatre jours après, je la portai à mademoiselle d’Orléans, qui la reçut avec un très grand plaisir.

Mes travaux furent alors suspendus par l’état toujours plus fâcheux de M. de Valence ; néanmoins, j’avais presque fini le plan de mon nouveau roman, les Athées conséquents ; j’y voulais peindre le modèle accompli d’une piété parfaite, et les consolations qu’on peut recevoir de ce sentiment sublime dans les souffrances les plus aiguës de l’âme ; j’y voulais peindre encore les différentes sortes d’irréligion et d’impiété.

Je revoyais alors mes Heures à l’usage des gens du monde et des jeunes personnes, qui ont eu tant de succès dans les pays étrangers, et qui n’avaient jamais été imprimées en France. Dans cette nouvelle édition je ne leur donnai point ce titre ; elles furent revêtues de l’approbation de monseigneur l’archevêque de Paris.

Je fis dans la même année les Heures pour les prisonniers et pour les domestiques, et je les donnai en pur don à un libraire.

Malgré mon goût pour la retraite, il y eut cette année surtout un empressement si singulier de me voir, tant de personnes me firent demander à venir chez moi, qu’il me fut impossible de les refuser toutes.

Le prince Paul de Wurtemberg, frère du roi régnant, me fit demander aussi à venir me voir ; on dit que jamais prince n’a eu plus d’esprit que lui ; c’est une chose assez rare, depuis le grand Condé, pour ne pas dédaigner d’en juger.

M. Rothschild, un juif immensément riche, donna un grand bal le dernier jour du carnaval ; il y eut foule si prodigieuse, qu’il fut impossible de danser, mais d’ailleurs la magnificence était extrême ; ce qui a fait dire à l’un des convives de la fête que M. de Rothschild avait enterré la synagogue avec honneur.