—Nélida, Nélida, dit enfin mère Sainte-Élisabeth, ne pouvant plus contenir sa douleur irritée, je ne suis pas contente de vous, mon enfant. Ce n'est pas là que j'avais droit d'attendre de votre affection et de votre courage.

Nélida leva les yeux sur elle, la regarda avec une indicible surprise, se tut quelques instants, puis, poussée par un mouvement irrésistible, se jeta dans ses bras et fondit en larmes.

—Nous voici comme en ce jour où je vous trouvai priant dans votre cellule, dit la religieuse d'un ton grave. Dieu a des desseins sur nous, Nélida, puisqu'il nous réunit encore aujourd'hui dans les mêmes sentiments, après de si cruelles épreuves.

Nélida secoua la tête.

—Dieu ne peut avoir de dessein sur une morte, dit-elle; il n'y a plus de vie en moi; je n'ai plus rien à faire en ce monde, ni pour moi ni pour les autres.

—Ne blasphémez pas, s'écria la religieuse; au nom du ciel, ne blasphémez pas contre Dieu, contre la vie, contre vous-même. L'égoïsme féroce de certaines douleurs est la plus coupable des impiétés.

Nélida, à ce reproche fait avec amertume, s'arracha des bras de la religieuse et se rassit en silence sur son fauteuil.

—Ma destinée est accomplie, reprit-elle, voyant que mère
Sainte-Élisabeth ne rompait pas le silence.

—La destinée! Ce n'est là qu'un vain mot. Notre destinée, c'est notre caractère; ce sont nos facultés, gouvernées ou ingouvernées par notre volonté ou notre lâche abandon. Qui donc oserait prétendre, avant l'heure de la mort, qu'il a fait de lui-même une oeuvre achevée, digne d'être louée par l'artiste éternel, admise dans le sein de l'infinie beauté? Vos facultés sont grandes, Nélida; sévère sera le compte que vous aurez à en rendre.

—Je ne vous comprends pas, ma mère; que puis-je donc faire aujourd'hui?
Que pourrais-je vouloir?