Nélida ne put se contenir davantage; elle se jeta dans les bras de
Guermann, et recueillit d'une lèvre d'amante ses pleurs amers.

En ce moment, le docteur et Ewald, qui ne passaient pas un seul jour sans venir voir Guermann, entraient dans la chambre. Au bruit que fit la porte, Nélida s'arracha des bras de son amant qui la serrait avec une force convulsive.

Il jeta sur ceux qui entraient un regard sombre:

—Qu'on me laisse seul, s'écria-t-il d'une voix redevenue tout à coup impérieuse et vibrante. Je veux mourir en paix. Qu'on me laisse mon dernier rêve!

On les laissa.

—Nélida, reprit Guermann avec un accent déchirant, n'est-ce pas, tu pardonnes tout?

—Qu'ai-je à pardonner? dit-elle en essuyant de sa main tremblante la sueur froide qui mouillait le front de Guermann. Oubliez le passé. Vivez…

—Pourquoi vivre? la vie est amère, dit-il.

—Vivez pour vos travaux, pour votre honneur, pour votre gloire…

—Ah! vous ne m'aimez plus, dit-il en l'interrompant avec un douloureux sourire… Vous ne me dites pas de vivre pour notre amour…—Puis après un moment de silence: Il était si beau, si pur, si profond et si grand, ton amour! Du jour où j'ai pu te quitter, j'ai quitté, pour ne plus les retrouver jamais, ma vertu, mon repos, mon bonheur, mon génie.