Seulement quelques-uns, et Nélida est de ce nombre, répètent malgré tout, sans jamais se lasser, au plus fort des ténèbres extérieures, la sainte parole du psalmiste, espoir désespéré des nobles coeurs: Quoi qu'il en soit, Dieu est bon.

FIN DE NÉLIDA

HERVÉ

ENVOI
À M. E. DE G…

À vous qui avez combattu seul.
Souffert en silence,
Triomphé sans joie.
À vous, qui êtes mon ami.

I

Au mois de septembre 1832, une voiture de poste entrait à l'hôtel Meurice; une femme jeune et remarquablement belle était seule dans cette voiture. On l'attendait. En la conduisant à l'appartement retenu pour elle, le maître de l'hôtel lui remit une lettre; elle la saisit vivement, en brisa le cachet et lut ce qui suit:

«Enfin te voilà donc à Paris; te figures-tu mon chagrin de n'y pas être pour te recevoir? Après une si longue absence, il me tarde tant de te presser sur mon coeur. Oh! je t'en supplie, Thérèse, viens au plus vite retrouver ta vieille amie. Je suis à Vermont, avec mon mari, qui joint ses instances aux miennes. Tu n'as fait qu'entrevoir Hervé le jour de notre mariage; c'est à peine si tu te le rappelles; mais lui, il te connaît, il t'aime pour tout ce que je lui ai dit de toi, pour les adorables lettres que je lui ai lues avec orgueil. Songe qu'il y aura bientôt huit ans que nous sommes séparées; songe à tout ce que nous aurons à nous dire, et hâte-toi de venir reprendre notre intimité, nos interminables causeries du couvent. Sois bonne comme tu l'étais alors. Souviens-toi que tu ne refusais jamais rien à ta petite Georgine. Que ferais-tu d'ailleurs à Paris dans cette saison? Il n'y a personne. Ta famille est dispersée; ta soeur est aux eaux de Toeplitz. Crois-moi, viens l'attendre à Vermont. Viens prendre ta part de ma douce vie, te réjouir de me voir heureuse auprès d'un mari que j'estime, que je vénère, que j'adore. Ne pense pas que j'exagère, Hervé est adorable. Il a fait de moi, de cette enfant gâtée que tu as connue si ignorante, si inconsidérée, si futile, une femme sérieuse, attachée à ses devoirs, une mère attentive. Il m'a sauvée de tous les écueils; il m'a corrigée de tous mes travers; il m'a rendue presque digne de lui, et cela sans une parole amère, sans un reproche, sans avoir jamais exercé sur mon esprit la moindre contrainte. Quel noble coeur qu'Hervé! Comme tu vas l'aimer tout de suite! Il y a tant de rapports entre vous deux. Mais, égoïste que je suis, je ne te parle que de moi et je ne sais pas si tu peux m'entendre sans tristesse. Tes parents m'ont bien assuré, à la vérité, que tu vivais contente à New-York; que tu dirigeais en partie les affaires de ton mari; qu'elles prospéraient; que vous aviez un établissement superbe; que tu ne regrettais point trop Paris. Ton beau-frère a même ajouté que ta tête s'était calmée et que, grâce au ciel, tu étais guérie des idées romanesques. Mais toi, tu ne m'as presque rien dit de ton intérieur; je n'ai pas su deviner non plus l'état de ton âme au ton de tes lettres qui n'était ni triste, ni gai, ni exalté, ni tout à fait calme pourtant. J'attends donc tes confidences, et je ne puis que te répéter: Viens, viens dans mes bras qui te sont ouverts; viens dans ma maison qui est la tienne.»

Une larme mouilla les yeux de Thérèse, restée seule dans sa chambre.