Le substantif fois ne peut jamais être employé avec l’article, sans qu’il y ait un adjectif entre ces deux mots. L’adjectif tout est le seul qui ne se mette pas à cette place. On le met devant l’article.—Les phrases suivantes doivent donc être condamnées: songez aux fois où il vous a battu. Je suis des fois obligé de me fâcher. Il faut: Songez aux nombreuses fois où il vous a battu. Je suis certaines fois obligé de me fâcher.


FOND, FONDS.

Orthog. vic. La pièce d’or tomba au fonds du puits.
Voici un beau fond de commerce.
Orthog. corr. La pièce d’or tomba au fond du puits.
Voici un beau fonds de commerce.

«Fond et fonds sont deux choses différentes: le premier est le fundum des Latins, c’est la partie la plus basse de ce qui contient ou peut contenir quelque chose, le fond d’un tonneau, d’un sac, etc.; l’autre est le fundus des Latins. Dans le propre, c’est la terre qui produit les fruits; dans le figuré c’est tout ce qui rapporte du profit: fonds de terre, faire fonds sur; etc.» (Féraud, Dict. crit.)

Ménage, Th. Corneille et Dumarsais, dédaignant cette distinction, veulent qu’on écrive fond sans s dans tous les cas possibles. Cette opinion nous paraît assez raisonnable; et nous sommes persuadé qu’elle sera un jour adoptée; mais nous devons, en attendant, prévenir le lecteur que l’orthographe indiquée par Féraud est encore aujourd’hui généralement suivie.


FORMES.

Locut. vic.Cet homme a les formes rudes.
Locut. corr.Cet homme a les manières rudes.

Formes, dans le sens qu’on lui voit ici, est un néologisme inutile et ridicule que nos lexicographes ont fort bien fait de ne pas accueillir. Qui pourrait garder son sérieux en entendant une dame dire d’un homme: Ce Monsieur a les formes polies? Moins on fournit d’aliment aux jeux de mots, plus on embellit une langue.