Les meilleurs éditeurs de Montaigne, MM. Villemain, Am. Duval et Leclerc écrivent Montaigne et non Montagne, comme affectent de le faire certaines personnes qui prétendent à tort, nous le croyons, soumettre un nom propre à l’altération qu’a éprouvée ce nom comme nom commun, et qui veulent conséquemment qu’on écrive aujourd’hui Montagne au lieu de Montaigne, par suite du retranchement de l’i dans les mots autrefois terminés en aigne, comme campaigne, compaigne, etc., et qu’on a changés en campagne, compagne, etc.

Si ce sentiment était adopté il faudrait donc, par analogie, dire Lemaître au lieu de Lemaistre, Prévôt au lieu de Prévost, et remplacer les noms propres formés de mots qui ont disparu de la langue, par les mots qu’on y a substitués. On dirait donc Renard au lieu de Goupil, La Vallée au lieu de La Combe, Château au lieu de Castel. Cela serait absurde. Écrivez et prononcez toujours Montaigne, nom propre, quoique le nom commun montagne s’écrive depuis fort long-temps sans i.


MONTER.

Locut. vic. Je suis monté deux fois chez vous aujourd’hui.
J’ai monté ici pour vous parler.
Locut. corr. J’ai monté deux fois chez vous aujourd’hui.
Je suis monté ici pour vous parler.

«Si l’on veut exprimer l’action de monter, il faut employer l’auxiliaire avoir. Il a monté quatre fois à sa chambre pendant la journée; il a monté pendant trois heures au haut de la montagne; il a monté les degrés; la rivière a monté de six pouces depuis hier. Si, au contraire, on veut exprimer l’état qui résulte de l’action de monter, il faut employer l’auxiliaire être. Il est monté dans sa chambre il n’y a qu’une heure. Votre père est-il monté dans sa chambre? Oui, il y est monté. A quelle heure y a-t-il monté? c’est-à-dire a-t-il fait l’action d’y monter? Il y a monté à huit heures.

«Le vers suivant de Voltaire offre un exemple contraire à cette règle:

J’ai sauvé cet empire en arrivant au trône;

J’en descendrai du moins comme j’y suis monté.

«Mais je soutiens que, sans le mauvais son de j’y ai, Voltaire aurait dit, j’y ai monté. C’est une licence qu’un usage abusif autorise, mais qui ne doit point tirer à conséquence.» (Laveaux, Dict. des diff.)