NÈGRE, NOIR.
| Locut. vic. | Le traité conclu entre vous nègres et nous blancs. |
| Locut. corr. | Le traité conclu entre vous noirs et nous blancs. |
Il existe entre ces deux mots une différence généralement ignorée en Europe, mais que les colons, et surtout les hommes de couleur noire, connaissent parfaitement bien. Cette différence consiste en ce que noir est regardé par les derniers comme un nom générique, un mot pris en bonne part, tandis que nègre ne leur paraît être qu’un terme de mépris. «Vous opposez les noirs aux blancs, dit Roubaud, et des Nègres vous en faites une espèce de bétail.» Quelle peut être la cause de cette différence de valeur donnée aux mots nègre et noir par la race d’hommes qu’ils servent à désigner? Essayons de la trouver.
Ces hommes, voyant que nous avons deux expressions pour les nommer, et ne concevant guère la nécessité de ce luxe, ne se seraient-ils pas dit: Le mot blanc a pour opposé le mot noir; or, puisque l’épithète de blanc ne fâche nullement celui à qui elle s’applique, pourquoi celle de noir nous déplairait-elle? Mais le mot nègre à quel nom applicable aux blancs correspond-il? A aucun. Donc le mot nègre est une injure. On conviendra qu’il est encore une autre raison qui a fort bien pu contribuer à leur faire adopter cette opinion sur le mot nègre, c’est l’emploi que nous en faisons généralement dans les momens de colère, en l’accolant à des qualificatifs peu flatteurs, comme dans ces locutions: vilain nègre, chien de nègre, etc. Nègre a de plus des diminutifs, tels que négrillon, négritte, qui sonnent fort mal à leurs oreilles.
Le blanc, qui voudra donc se tenir à l’égard des enfans de l’Afrique dans les termes d’une bienveillance réciproque, fera bien de ne pas oublier la synonymie que nous venons d’établir. Les noirs ont, comme on le sait, le caractère vindicatif, et il est probable que l’ignorance de la valeur exacte du mot nègre aura déjà été plus d’une fois cruellement punie par eux.
NÉ NATIF.
| Locut. vic. | Je suis né natif de Paris. |
| Locut. corr. | Je suis natif de Paris. |
Cette expression battologique, qui était autrefois employée au sérieux, ne se prend plus maintenant qu’en plaisanterie.