L’orge sur pied est du genre féminin, disent les grammaires, voilà de belles orges; l’orge en grains est du genre masculin: Cet orge est beau. Le commerce (dans son almanach du moins), ne se soumet pas à cette distinction, et écrit orge perlée, mondée, etc. Nous l’en félicitons, dans l’intérêt de notre langue, à laquelle on rend certainement un plus grand service en effaçant une exception qu’en la créant.

«On faisait autrefois le mot orge masculin, dit Laveaux (Dict. des diff.); il a plu à l’Académie de le faire féminin, et on l’a fait féminin: de l’orge bien levée, de belles orges. Cependant il est resté masculin dans ces deux phrases: de l’orge mondé, de l’orge perlé. L’Académie aurait pu, et peut-être dû le faire féminin dans ces deux expressions.»

Domergue voulait que le mot orge fût, d’après son étymologie (hordeum), toujours masculin.


ORGUE.

Locut. vic.Voici une belle orgue.
Locut. corr.Voici un bel orgue.

Orgue, d’après son étymologie (organum), doit être masculin, puisque le neutre manque à notre langue.

On lit dans nos grammaires (celles de Wailly, de Sicard, de Noël et Chapsal, de Girault-Duvivier, etc.): «Orgue est masculin au singulier, et féminin au pluriel.»

De sorte que, dans cette phrase: «Nous avons deux orgues expressifs de lui (M. Muller) à l’exposition, et les personnes qui ont entendu celui d’Erard ne trouvent ceux de M. Muller inférieurs en aucune partie» (National, 26 juin 1834); dans cette phrase, disons-nous, il eût fallu, selon la grammaire (la Grammaire scolastique, il est vrai), employer tour à tour le féminin et le masculin, et dire successivement: Deux orgues expressives, celui, celles, en parlant du même instrument. Quel galimathias! Le National avait une option à faire entre la routine et le bon sens: le National s’est déclaré pour le bon sens.