PARADOXE.

On croit assez vulgairement dans le monde que ce mot signifie opinion fausse, tandis que sa vraie signification est celle-ci: proposition contraire à l’opinion commune. Il ne faut donc pas dire: le paradoxe a des charmes pour tous les esprits faux, car il est fort possible qu’un paradoxe soit accueilli par les gens qui sont doués de la rectitude de jugement, et repoussé par ceux qui sont privés de cette précieuse qualité. Lorsque Christophe Colomb annonçait l’existence d’un autre monde par-delà l’Atlantique, Christophe Colomb émettait un paradoxe. Galilée aussi en disant: la terre tourne, donnait dans le paradoxe. Et ces deux grands hommes nous ont cependant prouvé la justesse de leurs assertions.

Paradoxe était employé autrefois comme adjectif: «Ces béatitudes, en apparence si paradoxes et si incroyables.» (Bourdaloue.)

On dirait aujourd’hui: si paradoxales.


PARDONNABLE.

Locut. vic.Vous n’êtes point pardonnable.
Locut. corr.Vous n’êtes point excusable.

On ne peut pas dire que quelqu’un est pardonnable. Une faute est pardonnable parce qu’on peut pardonner une faute; le verbe est ici actif. Mais comme on ne peut pas pardonner une personne, mais à une personne, parce que ce verbe devient neutre quand il a pour régime un nom d’être animé, il s’ensuit que cette personne n’est pas pardonnable, et qu’elle ne saurait être pardonnée. On pardonne les choses, on pardonne aux personnes. Cette faute, si commune dans la conversation, a été faite par l’auteur de l’Avant-propos des Œuvres de Cl. Marot (Dondey-Dupré, 1824, 3 vol. in-8.) «Mais lorsque ces pages sont peu nombreuses, l’auteur est plus pardonnable

Ce que nous venons de dire s’applique également à l’adjectif impardonnable. Nous ne concevons pas que Laveaux ait pu être d’un autre sentiment. L’Académie, nos meilleurs grammairiens et la raison, qui plus est, sont contre lui.