| Locut. vic. | Il a un peu renasqué, reniflé, avant de le faire. |
| Locut. corr. | Il a un peu renâclé avant de le faire. |
Nos Dictionnaires ont tort, selon nous, de nous donner les verbes renasquer, renifler et renâcler comme synonymes. Le premier, au sentiment de MM. Feydel et Boiste, est un barbarisme; le second signifie seulement: retirer, en respirant un peu fort, l’humeur ou l’air qui remplit les narines; et le troisième exprime l’action de faire certain bruit, en soufflant par le nez. «Renâcler» (en ce dernier sens, et non dans celui de notre phrase d’exemple) «ne se dit point des personnes: et l’animal qui renâcle, jette son souffle impétueusement par les naseaux; ce qui est le contraire de renifler. Un enfant mal élevé renifle et fait soulever le cœur; un jeune cheval, ombrageux ou caressant, renâcle et ne dégoûte point.» (Remarques sur le Dict. de l’Académie.)
«Mme de Sévigné s’est servi de renasquer dans une de ses lettres; mais le mot est en italique, apparemment par les soins de l’éditeur: Ma mère n’a pu s’empêcher de renasquer un peu contre le zèle indiscret qui avait causé ce transport.» (Féraud, Dict. crit.)
RENCONTRE.
| Locut. vic. | L’insulte qu’avait éprouvée mon ami occasionna une rencontre entre lui et l’étranger. |
| Locut. corr. | L’insulte qu’avait éprouvée mon ami occasionna un duel entre lui et l’étranger. |
Ou lit fort souvent dans les journaux: Il y a eu, hier matin, entre M.*** et M.***, une rencontre au bois de***. Or, que signifie cette phrase? Qu’il y a eu, entre ces messieurs, un duel, et un duel prémédité. L’emploi du mot rencontre en cette circonstance est donc tout-à-fait mauvais.
Lorsque, dans un combat singulier, c’est une convention mutuelle qui amène les champions sur le terrain, dites qu’il y a duel; si, au contraire, on ne se bat que par suite d’une collision fortuite, employez alors le mot rencontre. Pourquoi détruire la propriété des termes que la grammaire apporte tant de soins à fixer? pourquoi rendre synonymes des mots qui ont entre eux de très notables différences? Le combat de Laïus et d’Œdipe fut une rencontre; celui des Horaces et des Curiaces fut un duel.
M. Feydel (Rem. sur le Dict. de l’Acad.) a fait l’observation que ce mot devrait être masculin, par la raison qu’il l’était autrefois. Cette raison ne nous paraît pas concluante. Nous avons maintenant tant de mots qui ont changé de genre! Rencontre est d’ailleurs, depuis un siècle et demi, féminin dans le sens de duel, si l’on en croit du moins le P. Bouhours (Rem. sur la lang. fr.) «Tous les gens qui parlent bien disent maintenant une rencontre; ce n’est pas un duel, ce n’est qu’une rencontre. Le féminin a prévalu.» On peut voir par ce passage que le P. Bouhours établit aussi une différence de signification entre les mots duel et rencontre.