Écrivez à quelqu’un de vous retourner quelque vêtement que vous lui aurez prêté, et si votre correspondant est un tailleur et un mauvais farceur, qui s’attache seulement à la lettre de votre demande, vous verrez votre vêtement vous revenir avec une apparence plus neuve, mais à coup sûr moins fine qu’auparavant. Un barbarisme peut, heureusement, entraîner quelquefois à sa suite des désagrémens. C’est, comme on le voit, le hasard qui s’est chargé d’attacher une pénalité aux lois de la grammaire.
RÉUNIR.
| Locut. vic. | Cette femme réunit la vertu à la beauté. |
| Locut. corr. | Cette femme réunit la vertu et la beauté, ou bien, unit la vertu à la beauté. |
«Ce verbe, signifiant posséder en même temps, ne veut point que la préposition à soit placée avant un de ses régimes; ainsi, ne dites pas: Caton réunissait la vaillance à la sagesse. Mais dites: Caton réunissait la vaillance et la sagesse.
«Si on voulait employer la préposition à, il faudrait se servir du verbe unir: Caton unissait la vaillance à la sagesse.
«D’après ce principe, on doit se garder d’imiter deux auteurs modernes qui ont dit:
«Cette jeune personne réunit les grâces à la beauté.—Votre ami réunit la modestie au mérite.—Turenne réunissait la prudence à la hardiesse. Il faut: Cette jeune personne réunit les grâces et la beauté, etc.; ou bien, cette jeune personne unit les grâces à la beauté, etc.» (Gramm. des gramm.)