SOURD ET MUET.
| Locut. vic. | Son fils est à l’Institution des sourds et muets. |
| Locut. corr. | Son fils est à l’Institution des sourds-muets. |
«La dénomination de sourd et muet désigne un individu muet en même temps qu’il est sourd, mais chez lequel le mutisme est indépendant de la surdité. La désignation de sourd-muet désigne un individu muet en même temps qu’il est sourd, mais chez lequel le mutisme n’est qu’une conséquence de la surdité. Le sourd et muet est affligé de deux infirmités distinctes; le sourd-muet a bien les deux mêmes infirmités; mais la seconde n’est qu’une suite de la première. On pourrait rendre l’ouïe au sourd et muet sans qu’on eût lieu d’espérer qu’on pût lui rendre l’usage de la parole: si l’on faisait entendre un sourd-muet, il est plus que probable que bientôt il exprimerait ses idées à l’aide de signes articulés. Supposons même que le sourd et muet et le sourd-muet restent constamment sourds: dans cet état, le premier restera pareillement muet: et le second, sans être habile à percevoir des sons, peut acquérir l’usage de la parole par des moyens mécaniques, étrangers aux sensations acoustiques. Telle est la différence du sourd et muet au sourd-muet; ainsi, ces deux dénominations diffèrent en ce que l’une est un terme composé, et l’autre un terme complexe d’une proposition, pour parler le langage du logicien. Il se pourrait faire que ce que l’on doit appeler ordinairement un sourd-muet fût un sourd et muet; c’est-à-dire, qu’étant sourd de naissance, il fut en même temps, et indépendamment de cette infirmité, muet par vice d’organisation; mais cette rencontre fortuite et indépendante de ces deux infirmités existe peut-être une fois sur mille, quand l’inverse a lieu dans le cas contraire: voilà pourquoi on doit dire: L’Institution des sourds-muets, et non l’Institution des sourds et muets. Si cette dernière expression est plus usitée, c’est qu’il existe une erreur dans l’esprit de la plupart de ceux qui s’en servent; c’est qu’ils croient que le mutisme de ceux qu’ils appellent sourds et muets est, chez eux, indépendant, et seulement concomitant de la surdité. Sur ce point, l’expression est exacte, le jugement seul qu’elle énonce est faux. Qu’on rectifie les idées, et le langage prendra la forme convenable à la rectitude des conceptions.» (M. Butet, Journal de la langue française.)
Nous ne pensons pas, comme quelques grammairiens, que sourd-muet doive faire au féminin sourd-muette, parce que sourde-muette est un peu dissonant. Une règle fondamentale ne doit pas être sacrifiée à une vaine susceptibilité de l’oreille.
SOUS DE PIED, DESSOUS DE PIED.
| Locut. vic. | J’ai perdu mes sous de pieds, mes dessous de pieds. |
| Locut. corr. | J’ai perdu mes sous-pieds. |
Le sous-pied est une petite lanière de cuir ou d’étoffe, qui passe sous le pied et se rattache au pantalon ou à la guêtre.
M. Raymond a écrit soupied dans son dictionnaire. La dernière édition du Dictionnaire de Boiste n’a pas suivi cette singulière orthographe, mais celle que nous adoptons dans cet article.