L’auteur des Remarques sur le Dictionnaire de l’Académie fait la guerre à ce mot. «Ce fut, dit-il, au moins un siècle après la première apparition de Mascarille et de Jodelet chez mesdemoiselles Gorgibus, qu’on osa inventer chez madame de T*** ou de L*** la tendreté d’un gigot; tant il est vrai que c’est un des priviléges du génie de contenir pour long-temps la sottise!

«A peine tendreté eut-il frappé les oreilles d’une coterie, qu’une coterie jalouse lui opposa la tendreur. Les avis se partagèrent long-temps entre les gourmets des deux tablées; mais enfin le secrétaire de l’Académie française crut devoir décider la question.

«Cependant la décida-t-il bien, en adoptant tendreté, au préjudice de tendreur, ou même de tendresse? Je laisse à juger ce point aux gens de goût; et je ferai seulement la réflexion suivante. Supposons que la servante de Gorgibus eût entendu ses maîtresses lui parler de la tendreté d’un gigot ou d’une botte de raves, je m’imagine qu’elle leur eût allégué la creuseur de ses sabots, la rougeur ou l’écarlatesse de sa jupe; ce qui semble contredire formellement la décision académique.»

Il est certain que, malgré la critique de M. Feydel, personne ne voudrait maintenant appliquer le mot tendresse à un gigot, à des légumes. Passe encore pour la salade: là, au moins, il y a un cœur.—Plaisanterie à part, tendresse, dans l’acception que veut lui conserver le critique de l’Académie, est considéré généralement comme un barbarisme, et n’est guère employé que par ces espèces de maraîchers qui courent les rues de Paris en criant à gorge déployée: La tendresse! la verduresse!


TERRORIFIER.

Locut. vic.Cette nouvelle les terrorifia.
Locut. corr.Cette nouvelle les terrifia.

M. Boiste a cru devoir donner le verbe terrorifier, et nous en sommes surpris, car il n’est jamais employé par les gens qui parlent bien. Terrorifier vaudrait sans doute mieux, en ce que le verbe terrifier a déjà une autre acception, celle de convertir en terre, et qu’il serait très désirable que chaque idée fût représentée par un mot propre, mais le ridicule s’est attaché au verbe terrorifier, et nous devons actuellement le regarder comme mort.

M. Boiste renvoie d’ailleurs à terrifier.