MM. Méon et Francisque Michel traduisent mûre, M. Littré opine pour more. Nous avons adopté l'opinion de ce dernier. Ici, à vrai dire, la traduction mûre nous séduisait assez à cause du voisinage du vers:

Dont li fruit iert mal savorés.

Toutefois nous ferons remarquer qu'à la page suivante, le poète dit que le fût et le fer des flèches était plus noir que déables d'enfer; puis au vers 8873 Jehan de Meung, faisant parler le Jaloux, dit:

Vous en aurés le vis pali,
Voire certes plus noir que more.

Dans ce dernier vers nous n'avons pas hésité à traduire: more. Enfin remarquons en passant que Guillaume de Lorris parle plus haut deux fois des [p.292] Sarrasins et de la Palestine, et qu'il emploie, pour désigner le fruit, more et meure. Nous devons dire pourtant que Marot, dans ces deux endroits, écrit ou plutôt traduit: meures, Nous ne nous appesantissons tant sur une chose si peu importante que pour montrer avec quel soin nous avons conduit notre travail.

NOTE 19, pages [62]-[63].

Vers 965-957.

Et cet où li meillor penon
Furent entés, Biautés ot non.
Et le plus beau pour la couleur
Et les plumes de son enture
Était Beauté.

Enture. Ce mot se trouve également au vers 1779.

M. Littré ne donne que quatre signifiations à ce mot: 1° la fente où l'on met l'ente ou la greffe. Les trois autres sont spéciales à certains métiers. A notre avis, le mot enture dut prendre insensiblement la place d'ente dans le langage usuel et populaire, car il y est encore beaucoup plus employé, non pas dans le sens de fente où l'on introduit l'ente, mais pour l'ente elle-même. Ainsi, pour ne citer qu'une exemple, dans la carrosserie, on nomme aujourd'hui brancard la pièce de bois cintré qui va d'un bout à l'autre de la voiture et lui sert de charpente; mais on nomme enture le brancard que, la voiture terminée, on vient enter sur le devant et qui n'en fait partie qu'une fois fixé.