Ge mains avec les orguilleus,11423.
Les veziés, les artilleus
Qui mondaines honors convoitent,
Et les grans besoignes esploitent,
Et vont traçant les grans pitances,
Et porchacent les acointances
Des poissans hommes, et les sivent,
Et se font povre, et si se vivent
Des bons morciaus delicieus,
Et boivent les vins précieus;
Et la povreté vont preschant,
Et les grans richesces peschant
As saymes et as traïniaus:
Par mon chief! il en istra maus.
Ne sunt religieus, ne monde,
Il font ung argument au monde
Où conclusion a honteuse;
Cist a robe religieuse,
Donques est-il religieus.
Cist argument est trop fieus,
Il ne vaut pas ung coutel troine,
La robe ne fait pas le moine.
Neporquant nus n'i set respondre,
Tant face haut sa teste tondre,
Voire rere au rasoer de lanches,
Qui Barat trenche en treze trenches[19]:
Nul ne set si bien distinter,
Qu'il en ose ung seul mot tinter;
Tuit lessent vérité confondre,
Por ce me vois là plus repondre.
Mès en quelque leu que ge viengne,
Ne comment que ge me contiengne,
Nule riens fors Barat n'i chas;
Ne plus que dam Tibers li chas[20]

[p.73]

Ceux qui mondains honneurs convoitent11525.
Et les grand' besognes exploitent,
Et vont grand' pitances flairant
Et l'accointance recherchant
Des puissants hommes et les suivent,
Qui se font pauvres et qui vivent
De bons morceaux délicieux,
Et boivent les vins précieux,
Et toujours la pauvreté prêchent,
Et les grandes richesses pêchent
A pleines saines et traîneaux,
Voilà les miens, mes commensaux,
Race impure, artificieuse,
Ni pure, ni religieuse.
Ils seront cause de grands maux!
Partout ils vont prêchant ces mots
A la conclusion honteuse:
Tel a robe religieuse,
Doncques il est religieux.
Cet argument est vicieux
Et ne vaut un couteau de troine,
La robe ne fait pas le moine.
Mais nul y répondre ne sut,
Tant haut se tonde l'occiput,
Ou rase du rasoir de lance
Qui Fraude tranche en treize tranches[19b]
. Nul ne sait si bien discuter
Qu'il en ose un seul mot tinter;
Tous vérité laissent confondre.
C'est pourquoi dedans leurs nids pondre
Vous me voyez le plus souvent.
Mais n'importe où me vais glissant
Quelle que soit ma contenance,
A rien, fors au mal, je ne pense.

[p.74]

Ne tent qu'à soris et à ras,11437.
N'entens-ge à riens fors qu'à Baras.
Ne jà certes por mon habit
Ne saurés o quex gens j'abit:
Non ferés-vous, voir as paroles,
Jà tant n'ierent simples ne moles.
Les ovres regarder devés,
Se vous n'avez les iex crevés;
Car si'l font tel que il ne dient,
Certainement il vous conchient,
Quelconques robes que il aient,
De quelconques estat qu'il soient,
Soit clers, ou laiz, soit hons ou fame,
Sires, serjant, bajasse ou dame.
L'Acteur.
Tant qu'ainsinc Faus-Semblant sermonne,
Amors de rechief l'araisonne
Et dist, en rompant sa parole,
Ausinc cum s'el fust fauce ou fole.
Le Dieu d'Amours.
Qu'est-ce diable, es-tu effrontés!
Quex gens nous as-tu ci contés?
Puet-l'en trover religion
En seculiere mansion?
Faux-Semblant.
Oïl, Sire, il ne s'ensuit mie
Que cil mainent mauvese vie,

[p.75]

Tout comme dam Thibert le chat[20b]11559.
Ne rêve que souris et rat,
Ainsi de même je ne songe
Que fourberie et que mensonge,
Et ce n'est point à mes habits
Que vous connaîtrez qui je suis,
Pas davantage à mes paroles
Toujours simples et bénévoles;
Les œuvres regarder devez,
Si vous n'avez les yeux crevés;
Car ceux qui ne font ce qu'ils disent,
Ils vous trompent, ils vous méprisent
Ceux-là, quel que soit leur habit,
Ou leur état ou leur crédit,
Soit clerc, soit laïque, homme ou femme,
Maître ou valet, servante ou dame.
L'Auteur.
Ainsi sermonnait Faux-Semblant,
Quand le Dieu d'Amours l'arrêtant,
Lui coupa soudain la parole
Qui lui semblait et fausse et folle.
Le Dieu d'Amours.
Quel est donc ce diable effronté?
Quel peuple nous as-tu conté?
Religion ne hante guère
Cependant maison séculière.
Faux-Semblant.
Erreur, sire; il ne s'ensuit pas,
Pour s'attacher aux mondains draps,

[p.76]

Ne que por ce lor ames perdent,11481.
Qui as dras du siècle s'aherdent:
Car ce seroit trop grand dolors.
Bien puet en robes de colors
Sainte religion florir:
Maint saint a l'en véu morir,
Et maintes saintes glorieuses,
Dévotes et religieuses,
Qui dras communs tous jors vestirent,
N'onques por ce mains n'ensaintirent,
Et ge vous en nommasse maintes;
Mais presque tretoutes les saintes
Qui par églises sunt priées,
Virges chastes, et mariées
Qui mainz biaus enfans enfanterent,
Les robes du siècle portèrent,
Et en cels méismes morurent,
Qui saintes sunt, seront et furent;
Néis les onze mile vierges
Qui devant Diex tiennent lor cierges.
Dont l'en fait feste par eglises,
Furent es dras du siecle prises
Quant elz reçurent lor martires:
N'encor n'en sont-el mie pires.
Bon cuer fait la pensée bonne,
La robe n'i tolt, ne ne donne,
Et la bonne pensée l'uevre
Qui la religion descuevre:
Ilec gist la religion
Selonc la droite entencion.
Qui de la toison dan Belin,
En leu de mantel sebelin,
Sire Ysangrin afubleroit,
Li leu qui mouton sembleroit,

[p.77]