Et por les felons aparçoivre12159.
Qui ne cessent des gens déçoivre,
Paroles vous dirai jà ci
Que nous lisons de saint Maci,
C'est assavoir l'evangelistre,
Au vingt et troisième chapistre[34];
Sor la chaiere Moysi,
Car la glose l'espont ainsi,
C'est le testament ancien,
Sistrent Scribe et Pharisien,
(Ce sunt les fauces gens maudites
Que la letre apele ypocrites),
Faites ce qu'il sermonneront,
Ne faites pas ce qu'il feront.
De bien dire n'ierent jà lent,
Mès de faire n'ont-il talent.
Il lient as gens décevables
Griés faiz qui ne sunt pas portables,
Et sor lor espaules lor posent,
Mais o lor doi movoir nes osent.
Amours.
Porquoi non?
Faux-Semblant.
Par foi, qu'il ne vuelent,
Car les espaules sovent suelent
As portéors des faiz doloir,
Por ce fuient-il tel voloir.
S'il font euvres qui bonnes soient,
C'est por ce que les gens les voient.
Eux d'autre part tout me révèlent12259.
Et rien au monde ne me cèlent.
Pour les félons apercevoir
Toujours prêts aux gens décevoir,
Oyez la parole subtile
Qu'en son vingt-troisième évangile[34b];
Écrivit le grand saint Matthieu.
Ainsi parle l'homme de Dieu:
«Las! sur la chaire de Moïse
(Telle est sa parole précise
Dans le Testament ancien),
Siégent Scribe et Pharisien
(Ce sont les fausses gens maudites
Qu'il désigne par hypocrites);
Faites, dit-il, ce qu'ils diront;
Ne faites pas ce qu'ils feront.
Des lèvres moult bien vous enseignent,
Mais leurs dits pratiquer ne daignent:
Ils attachent les pauvres gens
A des fardeaux par trop pesants,
Et sur leurs épaules les posent,
Eux qui du doigt les toucher n'osent.
Amour.
Pourquoi non?
Faux-Semblant.
Ils ne veulent pas;
Car aux porteurs souvent les bras
Sous un tel faix de douleur plient,
C'est pourquoi telle peine ils fuient.
S'ils font œuvre qui bonne soit,
Ce n'est que parce qu'on les voit,
Lor philateres eslargissent[35],12185.
Et lor fimbries agrandissent,
Et des sieges aiment as tables
Les plus haus, les plus honorables,
Et les premiers es sinagogues,
Cum fiers et orguilleus et rogues,
Et ament que l'en les salue
Quant il trespassent par la rue,
Et vuelent estre apelé mestre,
Ce qu'il ne devroient pas estre:
Car l'évangile vet encontre,
Qui lor déloiauté démonstre.
Une autre coustume ravons
Sor ceus que contre nous savons;
Trop les volons forment haïr,
Et tuit par accort envaïr.
Ce que l'ung het, li autres héent,
Tretuit à confondre le béent,
Se nous véons qu'il puist conquerre
Par quelque engin honor en terre,
Provendes ou possessions,
A savoir nous estudions
Par quele eschiele il puet monter;
Et por li miex prendre et donter,
Par traïsons le diffamons
Vers ceus, puis que nous ne l'amons.
De s'eschiele les eschilons
Ainsinc copons, et l'essillons
De ses amis, qu'il n'en saura
Jà mot, que perdus les aura.
Car s'en apert les grevions,
Espoir blasmés en serions,
Et si faudrions à nostre esme;
Car se nostre entencion pesme
Leurs philatères élargissent[35b]12287.
Et les franges en agrandissent,
A table ils prennent les tréteaux
Les plus marquants et les plus hauts,
Et les premiers aux synagogues
Marchent fiers, orgueilleux et rogues,
Et dans la rue ils sont contents
Lorsque s'inclinent les passants
Devant eux et leur disent: maître?
Ce qui ne devrait pas être,
Car l'Évangile le défend
Qui leur déloyauté reprend.
Voici ce que nous soulons faire
Encor contre notre adversaire.
Nous ne songeons qu'à le haïr,
Et tous ensemble l'assaillir;
Car ce qu'un hait, tous le haïssent
Et pour le confondre s'unissent.
Si nous voyons par quel moyen
Il peut avoir honneur, soutien,
Rentes, possessions, hautesse,
Nous nous étudions sans cesse
Par quelle échelle il peut monter,
Et pour mieux l'abattre et dompter,
Voilons nos passions haineuses
Par nos manœuvres ténébreuses.
De l'échelle les échelons
Ainsi coupons et l'isolons
De ses amis, sans qu'il s'en doute;
Tous les perdra sans y voir goutte.
Car face à face l'attaquer
Serait nous faire critiquer
Et manquer notre but sans doute;
Voyant notre manœuvre toute,
Savoir cil, il s'en deffendroit,12219.
Si que l'en nous en reprendroit.
Grant bien se l'ung de nous a fait,
Par nous tous le tenons à fait,
Voire par Diex s'il le faignoit,
Ou sans plus vanter s'en daignoit
D'avoir avanciés aucuns hommes,
Tuit du fait parçoniers nous sommes,
Et disons, bien savoir devés,
Que tex est par nous eslevés.
Et por avoir des gens loenges,
Des riches hommes, par losenges,
Empetrons que letres nous doignent
Qui la bonté de nous tesmoignent,
Si que l'en croie par le munde
Que vertu toute en nous habunde;
Et tous jors povres nous faignons,
Mès comment que nous nous plaignons,
Nous sommes, ce vous fais savoir,
Cil qui tout ont sans riens avoir.
Ge m'entremet de corretages,
Ge faiz pais, ge joing mariages,
Sor moi preng execucions,
Et vois en procuracions:
Messagiers sui et fais enquestes
Qui ne me sunt pas moult honestes,
Les autrui besoignes traitier
Ce m'est ung trop plesant mestier;
Et se vous avés riens à faire
Vers ceus entor qui ge repaire,
Dites-le moi, c'est chose faite,
Si-tost cum la m'aurés retraite,
Por quoi vous m'aiés bien servi,
Mon service avés deservi.