16511. D'aus me plains et tous jors plaindrai,
Ne du plaindre ne me faindrai,
Cum cil qui nuire lor vorrai
En tous les cas que ge porrai,
Tant que g'en soie si venchiés,
Que lor orguex soit estanchiés,
Ou qu'il seront tuit condamné.
Mal fuissent-il onc d'Adam né,
Qui si pensent de moi grever!
Es cors lor puist les cuers crever,
Quant mes déduis vuelent abatre!
Certes, qui me vodroit bien batre,
Voire afronter à quatre pis,
Ne me pourroit-il faire pis.
Et si ne suis-ge pas mortiex,
Mès corrous en reçoif or tiex,
Que se mortiex estre péusse,
De duel que j'ai, la mort éusse.
Car se mi gieu vont defaillant,
J'ai perdu quanque j'ai vaillant,
Fors mon cors et mes vestéures,
Mon chapel, et mes arméures.
Au mains s'il n'en ont la poissance,
Déussent-il avoir pesance,
Et lor cuer à dolor plessier,
S'il les lor convenist lessier.
Où puet-l'en querre meillor vie
Que d'estre entre les bras s'amie?
L'Acteur.
Lors font en l'ost le serement,
Et por tenir le fermement,
Ont en leu de reliques tretes
Lor cuiries et lor sajetes,
16711. D'eux me plains et toujours plaindrai,
Et ma plainte à tous redirai;
Oui, tant qu'il me sera possible,
Je serai pour eux inflexible
Jusqu'à ce que je sois vengé,
Que leur sot orgueil soit purgé
Ou qu'ils succombent à la peine.
Fils d'Adam, redoutez ma haine
Qui me voulez ainsi grever,
Votre cœur puisse-t-il crever
Quand mes plaisirs voulez abattre!
Certes, ceux qui me voudraient battre,
Voire assommer à quatre pieux,
Ne me feraient pire mal qu'eux!
Je ne suis pas mortel, ma mère,
Mais tant est ma douleur amère,
Que si mortel être pouvais,
Du deuil que j'ai je périrais.
Car si mes jeux l'homme délaisse,
Je n'aurai plus dans ma détresse
Que mon chapel et mes atours,
Mon arc, mon corps, mais plus d'amours.
Au moins s'ils en ont la puissance,
Que triste soit leur existence;
Si leur cœur vient à m'oublier,
Puisse-t-il sous le faix plier;
Car où trouver meilleure vie
Qu'entre les bras de son amie?
L'Auteur.
En l'ost ils en font le serment,
Et pour le tenir fermement
Ils ont, en guise de reliques,
Tendu leurs carquois et leurs piques,
16543. Lor ars, lor dars et lor brandons[120],
Et dient:
Tous les Barons de l'ost à une vois.
Nous n'i demandons
Meillors reliques à ce faire,
Ne qui tant nous péussent plaire:
Se nous cestes parjurions,
Jamès créu ne serions.
L'Acteur.
Sor autre chose ne le jurent,
Et li barons sor ce les crurent
Autant cum sus la Trinité,
16552. Por ce qu'il jurent vérité.
16743. Leurs arcs, leurs flèches, leurs brandons[120b],
Et disent:
Les barons de l'ost tous d'une voix.
Reliques n'avons
Meilleures pour tel serment faire,
Ni qui tant à nous puissent plaire.
Si celles-là nous parjurions,
Plus jamais crus nous ne serions.
L'Auteur.
Sur autre chose ils ne le jurent
Car les barons sur ce les crurent
Autant que sur la Trinité,
16752. Parce qu'ils jurent vérité.