Bernard était venu en Aquitaine pour réconcilier avec l’Eglise le duc de cette province. Et comme celui-ci se refusait à toute réconciliation, Bernard alla vers l’autel, consacra l’hostie, la posa sur une patène, et sortit avec elle de l’église. Alors, abordant d’une voix terrible le duc d’Aquitaine, qui, en qualité d’excommunié, se tenait en dehors de l’église sans oser entrer, il lui dit : « Nous t’avons prié, et tu as dédaigné notre prière ! Voici que vient vers toi le fils de la Vierge, le maître suprême de l’Eglise que tu persécutes ! Voici que vient vers toi ton juge, entre les mains duquel sera remise ton âme ! Oseras-tu le dédaigner aussi, comme ses serviteurs ? » Aussitôt le duc sentit tous ses membres fléchir, et se prosterna aux pieds de Bernard. Et celui-ci, le touchant de la sandale, lui ordonna de se lever, pour entendre la sentence de Dieu. Le duc se releva, tout tremblant, et exécuta aussitôt tout ce que lui ordonna saint Bernard.

Celui-ci se rendit également en Allemagne pour apaiser une grande discorde. Et l’archevêque de Mayence envoya au-devant de lui un vénérable clerc, qui lui dit qu’il venait de la part de son maître. Mais Bernard lui répondit : « Non, c’est un autre maître qui t’a envoyé ! » Etonné, le clerc répondit qu’il venait de la part de l’archevêque. Mais Bernard lui répétait toujours : « Tu te trompes, mon fils, tu te trompes ! C’est un maître plus puissant qui t’a envoyé, car c’est le Christ lui-même ! » Alors le clerc, comprenant le sens de ses paroles, lui dit : « Tu crois donc que je veux devenir moine ? je n’en ai jamais eu la pensée un seul instant ! » Et cela n’empêcha point ce clerc, avant même d’être rentré à Mayence, de dire adieu au siècle pour devenir moine.

Un noble soldat, qui s’était fait moine, était tourmenté d’une tentation cruelle. Un de ses frères, le voyant toujours triste, lui en demanda le motif. Et le moine répondit : « Je me désole de penser qu’il n’y aura plus pour moi de joie en ce monde ! » Le mot fut rapporté à Bernard, qui, ému de pitié, pria pour le malheureux frère. Et aussitôt celui-ci devint aussi gai et aussi joyeux qu’il avait été triste jusque-là.

Lorsque mourut saint Malachie, évêque d’Irlande, qui était venu achever sa vie dans le monastère de saint Bernard, celui-ci célébra la messe en son honneur. Et Dieu, soudain, lui fit connaître la gloire du défunt, de telle sorte que, après la communion, changeant la forme de sa prière, il s’écria joyeusement : « Dieu, qui as daigné admettre le bienheureux Malachie au nombre de tes saints, permets, nous t’en prions, que, de même que nous célébrons la fête de sa mort, nous imitions aussi l’exemple de sa vie ! » Le diacre fit signe à Bernard qu’il se trompait dans sa prière. Mais Bernard : « Pas du tout ! Je sais ce que je dis ! » Après quoi il alla baiser les restes du saint.

A l’approche du carême, Bernard demanda aux étudiants de vouloir bien s’abstenir, au moins pendant les saints jours, de leurs amusements et de leurs débauches. Mais, comme ils s’y refusaient, il leur fit verser du vin, en disant : « Buvez donc de ce vin des âmes ! » Et à peine l’eurent-ils bu qu’ils furent tout changés. Et eux, qui n’avaient pas voulu accorder à Dieu quelques journées, ils lui accordèrent tout le temps de leur vie.

Enfin saint Bernard, sentant la mort approcher, dit à ses frères : « Je vous laisse en héritage l’exemple de trois vertus que je me suis efforcé toute ma vie de pratiquer. J’ai toujours évité de scandaliser personne ; j’ai toujours eu moins de confiance en moi-même que dans les autres, et jamais je n’ai tiré vengeance de mes persécuteurs. » Puis il s’endormit au milieu de ses fils, en l’an 1143, dans la soixante-troisième année de son âge, après avoir fondé cent soixante monastères, accompli de nombreux miracles et écrit une foule de livres et de traités.

Après sa mort, sa gloire fut révélée à de nombreuses personnes. Il apparut notamment à un certain abbé, et l’engagea à le suivre. Puis il le conduisit au pied d’une montagne, et lui dit : « Reste ici, pendant que je vais monter là-haut ! » L’abbé lui demanda ce qu’il allait faire. Et Bernard : « Je vais apprendre ! » Et l’abbé, tout surpris : « Que veux-tu apprendre, mon père, toi qui n’a pas aujourd’hui ton pareil pour la science ? » Et Bernard : « Il n’y a ici-bas ni science, ni connaissance, c’est là-haut seulement qu’il y a plénitude de science, c’est là-haut qu’est la vraie connaissance de la vérité ! » Et, ce disant, il disparut. Or l’abbé, ayant noté le jour et l’heure de cette vision, découvrit qu’elle avait coïncidé avec la mort de saint Bernard. Et nombreux, ou plutôt innombrables, sont les miracles que Dieu opéra ensuite par l’entremise de ce grand saint.

CXIX
SAINT TIMOTHÉE, MARTYR
(22 août)

Timothée souffrit le martyre sous le règne de Néron. Pendant que le préfet de Rome le torturait cruellement, lui faisant arroser les reins de chaux vive, le saint rendait grâce à Dieu. Alors deux anges, descendant à ses côtés, lui dirent : « Lève la tête, et vois ! » Levant la tête, il vit les cieux ouverts, et, là, Jésus tenait en main une couronne de pierreries, et lui disait : « De ma main tu recevras cette couronne ! » Un homme qui se trouvait là, nommé Apollinaire, vit, lui aussi, la vision céleste, et, aussitôt, se fit baptiser. Et comme tous deux, Timothée et Apollinaire, persévéraient à confesser le Seigneur, le préfet les fit décapiter. C’était en l’an du Seigneur 57.

CXX
SAINT SYMPHORIEN, MARTYR
(22 août)