V. Les fidèles oignirent son corps d’aromates et le placèrent dans un sarcophage. Et voici qu’un jeune homme revêtu d’une tunique de soie, et accompagné de cent autres beaux jeunes gens en tuniques blanches, s’approcha du tombeau, y déposa une tablette de marbre, et disparut aussitôt avec ses compagnons. Et, sur la tablette était écrit ceci : « Ame sainte, spontanée, honneur à Dieu et délivrance de la patrie. » Ce qui signifie qu’Agathe eut une âme sainte, s’offrit spontanément au martyre, fit honneur à Dieu, et sauva sa patrie. Et le don miraculeux de cette tablette de marbre eut pour résultat que même les païens et les Juifs commencèrent à vénérer le tombeau de la sainte. Quant à Quintien, il se rendait à la maison de sainte Agathe, dans l’espoir d’y découvrir des trésors cachés, lorsque les deux chevaux de son char se mirent à frémir des dents et à ruer ; et l’un d’eux le mordit, l’autre, d’un coup de sabot, le lança dans le fleuve, où jamais son corps ne put être retrouvé.
VI. Un an environ après la mort de sainte Agathe, une montagne voisine de Catane se rompit et un torrent de feu en jaillit, qui, sautant de rocher en rocher et brûlant tout sur son passage, menaçait de s’abattre bientôt sur la ville. Alors la foule des païens courut au tombeau de la sainte, arracha le voile qui le couvrait et l’étendit au pied de la montagne ; et ce voile arrêta la descente du feu, et sauva la ville. Ce miracle eut lieu le jour même de l’anniversaire de la naissance de sainte Agathe.
XXXIX
SAINT VAST, ÉVÊQUE ET CONFESSEUR
(6 février)
Vast fut ordonné par saint Rémy à l’évêché d’Arras. En arrivant à la porte de cette ville, il rencontra deux mendiants, un boiteux et un aveugle, qui lui demandèrent l’aumône. Et il leur dit : « Je n’ai ni or ni argent, mais ce que j’ai, je vous le donne ! » Et il pria pour eux, et tous deux furent guéris. — Un loup s’était installé dans une église abandonnée : saint Vast lui ordonna de sortir de l’église et de n’y plus jamais revenir, et le loup obéit.
La quarantième année de son épiscopat, après avoir converti une foule de païens par sa parole et son exemple, saint Vast vit une colonne de feu qui descendait du ciel jusque sur sa maison. Il comprit que sa fin approchait ; et, en effet, peu de temps après il s’endormit dans le Seigneur, vers l’an 550. Et comme on l’enterrait, le vieux saint Omer, qui, étant aveugle, se désolait de ne pouvoir pas voir le corps du saint évêque, recouvra la vue ; puis, quand il eut vu le corps du saint, il demanda et obtint de redevenir aveugle.
XL
SAINT AMAND, ÉVÊQUE ET CONFESSEUR
(6 février)
Né de parents nobles, Amand se fit moine dès sa jeunesse. Se promenant dans son monastère, il vit un serpent : il pria Dieu, fit le signe de la croix, et obtint que la bête rentrât dans son nid pour n’en plus jamais sortir. Il se rendit, plus tard, au tombeau de saint Martin et y resta quinze ans, couvert d’un cilice, et sans autre aliment que de l’eau et du pain d’orge.
S’étant rendu à Rome, il voulut prier toute la nuit dans l’église de saint Pierre ; mais le gardien de l’église le chassa brutalement. Alors le saint s’endormit devant la porte, et saint Pierre lui apparut, qui lui ordonna de se rendre en Gaule pour y faire honte de ses crimes au roi Dagobert. Mais ce roi, irrité, lui enjoignit tout de suite de sortir de son royaume.
Cependant Dagobert, qui se désolait de n’avoir pas de fils, finit par en obtenir un, à force de prières ; et l’idée lui vint de faire baptiser son fils par saint Amand. Il fit donc rechercher celui-ci, se prosterna à ses pieds, le supplia de lui pardonner et de baptiser le fils que le Seigneur lui avait accordé. Le saint consentit volontiers à la première de ces demandes, mais se refusa à la seconde, ne voulant se mêler en rien aux choses séculières. Il céda pourtant aux instances du roi ; et, au moment où il baptisait l’enfant, celui-ci lui répondit à haute voix : Amen. Le roi le promut alors à l’évêché de Maestricht. Mais comme saint Amand voyait qu’on y faisait peu de cas de sa prédication, il se rendit en Gascogne. Là, un jongleur qui se moquait de ses paroles fut envahi du démon et se déchira de ses propres dents, avouant qu’il avait fait injure à un homme de Dieu.
Certain évêque fit garder l’eau dans laquelle saint Amand s’était lavé les mains ; et cette eau rendit, plus tard, la vue à un aveugle. Une autre fois, le saint, avec l’approbation du roi, voulut faire construire un monastère en un certain lieu ; et l’évêque d’une ville voisine, à qui ce projet déplaisait, envoya ses serviteurs pour chasser le saint, ou même pour le tuer. Et les serviteurs, abordant le saint, lui dirent par ruse qu’ils le conduiraient dans un autre lieu plus convenable encore pour la construction. Et le saint devina leur malice ; mais, ayant soif du martyre, il les suivit jusqu’au haut d’une montagne où ils se proposaient de le tuer. Or, voici qu’une pluie et un brouillard si épais couvrirent la montagne que les serviteurs de l’évêque ne se voyaient pas les uns les autres. Ils crurent qu’ils allaient mourir et, prosternés aux pieds du saint, ils le supplièrent d’obtenir de Dieu de s’en aller vivants. Et, sur la prière du saint, le beau temps reparut, et les serviteurs de l’évêque s’en retournèrent chez eux ; et saint Amand fit encore beaucoup d’autres miracles avant de s’endormir dans la paix du Seigneur. Ce saint florissait vers l’an 653, sous le règne d’Héraclius.