[55] St. Louïs en Maragnan. p. 9.
La capitale du Maranham, occupe aujourd’hui encore, l’emplacement qui fut choisi par ses anciens fondateurs. Elle est située par 2° 30′ 44″ de lat. Austr. et 1° 6′ 24″ de long. orient. à compter du fort de Villegagnon, dans la baie de Rio de Janeiro. La Ravardière et Razilly choisirent pour la construire, la pointe O. d’une petite péninsule, liée à l’île de Maranham même par la chaussée do Caminho grande. Les cours d’eau désignés sous les noms d’Anil et de Bocanga sortis de points divers de l’île, confondent leurs eaux dans une même embouchure et forment une vaste baie. L’élévation qui se présente au S. du Anil à l’E. et au N. du Bocanga (c’est précisément l’endroit où se réunissent les deux petits fleuves), constitue l’emplacement primitif où s’éleva la ville naissante, placée sous le patronage de St. Louis.
San Luiz do Maranham fut élevé en 1676 par une bulle d’Innocent XI à la dignité de cité épiscopale, c’est une ville qui ne compte guère moins de trente mille habitans et qui se trouvant bâtie sur un terrain doucement onduleux, paré en tout temps de la plus riche végétation, offre de l’avis de tous les voyageurs un aspect charmant. (Voy. Corografia Brasilica, Will. Hadfield, Milliet de St. Adolphe et principalement, les apontamentos estatisticos da provincia do Maranham placés à la suite du grand Almanach de 1860, publ. par B. de Mattos.) Cette jolie cité est divisée naturellement par l’épine dorsale de la péninsule, que sépare les deux bassins des cours d’eau dans la direction de l’E. O. Son point culminant est le Campo d’Ourique ; là, elle présente 32m 692c d’élévation au-dessus du niveau moyen de la marée. Toute la ville se divise en trois paroisses : Nossa senhora da Victoria, San João et Nossa senhora da Conceição. On y compte 72 rues, 19 ruelles, et 10 places. Elle possède 55 édifices publics et 2,764 maisons, dont 450 seulement offrent un ou plusieurs étages. De l’avis même des habitans, les places pourraient offrir plus d’étendue et de régularité. Bien qu’elles soient coupées à angle droit, les rues devraient parfois être plus larges, mieux disposées en un mot selon les lois de l’hygiène. Leur pavé du reste n’est pas précisément mauvais, et elles sont d’une inclinaison convenable relativement aux deux cours d’eau, qui baignent la ville. Somme toute, Maranham est une capitale dont l’air est salubre et qu’on ne saurait accuser de manquer de propreté.
« Le navire qui est en quête d’un ancrage prend pour balise le palais du gouvernement, assis sur l’éminence qui domine le port. Ce bâtiment a à sa base la forteresse de San Luiz : et de ses fenêtres le regard qui parcourt une baie étendue, contemple au loin dans un horizon fugitif les côtes et la ville d’Alcantara ; plus près la barre avec son petit fort de la pointe d’Area et au dedans du port, sur la rive opposée du Bocanga, le petit hermitage ruiné de Bom Fim, et en face sur l’Anil la pointe de San Francisco. » Ce fut là où selon la notice qui nous dirige, La Ravardière remit au commandant Portugais la ville naissante et la forteresse de San Luiz. Ce qu’on ne saurait assez rappeler, c’est la conduite toute chevaleresque du commandant Français en cette occasion et même celle d’Alexandre de Moura, qui agissait au nom de l’Espagne. Le jeune chirurgien de Paris, qui alla panser avec tant de zèle les blessés des deux partis et qui reçut un si touchant accueil dans le camp ennemi, peut seul donner une idée par son récit, plein de naïveté et de franchise, de la cordialité qui régna entre les Français et les Portugais après le combat (voy. les Archives des Voyages publiées par M. Ternaux Compans). A quelques mètres, en suivant la rive du Anil s’élève le couvent et l’église de Sancto Antonio ; ces bâtiments ont été construits au lieu même où durant l’année 1612, Yves d’Evreux aidé des PP. Arsène et Claude d’Abbeville, bâtit son petit couvent, sous l’invocation de St. François. Ce monastère des capucins français a été rebâti plusieurs fois ; « une partie du moderne couvent, est occupée aujourd’hui, par le séminaire épiscopal, et l’église qui est en construction s’élève de nouveau dans le goût de l’architecture gothique simple. » Ce sera, à ce que l’on assure, la plus belle église de San Luiz.
Cette construction n’est pas l’unique, tant s’en faut, dont se préoccupe la cité, mais c’est la seule, en quelque façon, qui nous intéresse directement. Nous ne parlerons donc ici, que pour mémoire, et du quai da Sagraçao, nommé ainsi à l’occasion du couronnement de D. Pedro II, et du vaste bassin qu’on creuse en ce moment, dans le but de lui faire admettre une frégate à vapeur de premier ordre, nous nous contenterons de citer le dock que l’on projette dans le voisinage de l’Anse das Pedras. Il y aurait plusieurs constructions monumentales telles que l’Eglise do Carmo, la cathédrale, la caserne du Campo do Ourique, le théâtre qu’il serait juste de mentionner, mais il ne faut pas oublier que ceci n’est qu’une note rapide, destinée à faire saisir dans son ensemble, ce qu’est devenue en deux cents cinquante ans, la fondation française.
Un des voyageurs les plus modernes qui se soient occupés de ces contrées, William Hadfield, fait observer que San Luiz est la ville du Brésil, où l’on parle le plus purement le Portugais. C’est, en effet, la patrie de deux écrivains hautement estimés dans l’Empire, Odorico Mendes et João Francisco Lisboa, dont la mort est toute récente. Après avoir traduit Virgile avec une supériorité de style qu’envieraient les contemporains de Camoens, Odorico Mendes prépare en ce moment une version en vers d’Homère, où la science du rythme le dispute à l’inspiration. — Quant au poète des légendes nationales, dont tout le Brésil répète aujourd’hui les chants (nous voulons parler ici de Gonçalvez Dias), il appartient bien à la province du Maranham, qu’il a explorée en savant et en voyageur intrépide, mais il est né à Caxias. Les œuvres de ces trois écrivains honneur du pays, sont aussi l’honneur de la bibliothèque publique, mais cet établissement institué dans une ville éminemment littéraire est bien peu en rapport avec les nécessités croissantes de ses autres institutions relatives à l’instruction publique. Il y a trois ans tout au plus, il ne comptait que 1031 volumes. Puisse le livre que nous reproduisons ici, le premier avec celui de Claude d’Abbeville, qui ait été écrit dans la ville naissante, commencer une ère nouvelle pour cet établissement indispensable dans une capitale florissante. Plusieurs fondations heureusement viennent en aide à son insuffisance, on publie à San Luiz divers journaux, tels que le Publicador Maranhense, l’Imprensa, le Jornal do Comercio etc. etc., et il y a dans la ville une société de typographie ; à laquelle il faut joindre un grand cabinet de lecture et une société littéraire l’Atheneu Maranhense. Tout cela contraste étrangement avec l’époque où le P. Arsène de Paris trouvait à peine une feuille de papier pour écrire à ses supérieurs.
[56] Cette devotion s’augmenta encore bien plus quand la chapelle Sainct Loüis au fort fut edifiee. p. 11.
L’église cathédrale de San Luiz ou Maranham, car la ville porte toujours ces deux noms, a cessé d’être sous l’invocation de St. Louis de France. C’est aujourd’hui l’ancienne église du couvent des Jésuites, qui sert de cathédrale, cette église est sous l’invocation de Nossa Senhora da Victoria. (Voy. Ayres do Cazal, Corografia Brasilica, Rio de Janeiro, 1817, T. I. p. 166.) Il paraît que dans les vastes constructions faites en ces derniers temps pour agrandir le couvent de Sanct-Antonio on a respecté la petite chapelle d’origine française ; les Franciscains qui la desservent aujourd’hui, n’étaient l’année dernière qu’au nombre de trois : Fr. Vicente de Jesus (gardien), Fr. Ricardo do Sepulcro et Fr. Joaquim de S. Francisco, tous les deux prêtres.
[57] Pour remedier à cette disette, l’on delibera d’envoyer à la pesches des vaches de mer. p. 13.
Cette espèce de phoque à la chair savoureuse, était alors prodigieusement commune dans le nord du Brésil et dans l’intérieur de la Guyane ; c’est ce que les Portugais appelent le peixe-boy, le poisson-bœuf, les Indiens le manati. La chair excellente de ce poisson nourrit encore en grande partie les habitans des bords de l’Amazone et du Tocantius. (Voy. Osculati, America equatoriale.) Claude d’Abbeville lui donne le nom d’Ourüraourü.