[58] Alors on fit dire par tous les vilages de l’isle et de la province de Tapouytapere. p. 15.

Ce nom de lieu déjà cité, reviendra fréquemment. Le vaste territoire qu’on désigne encore au Maranham sous la dénomination de Tapuytapera est réparti aujourd’hui entre les comarcas d’Alcantara et de Guimaraens. Il renfermait jadis onze Aldées indiennes. Cumá était la plus considérable de toutes. Tapouytapère est à environ 40 lieues de San Luiz. Selon M. Martius ce nom s’expliquerait par cette courte périphrase : habitation des indiens ennemis. Voy. le volume intitulé : Glossaria linguarum brasiliensum. Erlangen, 1863, in-8. On trouve placés à part, dans ce recueil, les noms de lieux, comme ceux des végétaux et du règne animal.

[59] Qui du depuis furent couvertes de gros et grands Aparituries. p. 15.

L’Apariturier ou Apariturie, qui fournit de si heureuses comparaisons au P. Yves, est simplement le Manglier (Rhyzophora Linn.). Cet arbre des rives américaines, si utile à l’industrie, forme en effet de vastes forêts maritimes dans le Maranham et sur toute la côte du Brésil, aussi bien que sur celle du pays de Venezuela. On a détruit avec beaucoup trop de promptitude ces arbres, dans une foule de localités, et nous avons entendu attribuer même l’invasion récente de la fièvre jaune à la destruction systématique de ce végétal charmant, qui égaye de sa verdure tous les rivages brésiliens. En tombant sous le fer du cultivateur, il laisse à découvert des plages boueuses, habitées par des myriades de crabes, et d’où s’échappent des effluves paludéennes de la pire espèce. Il y a au Brésil deux espèces de Mangliers, le mangue branco et le mangue vermelho. Nous renvoyons pour leur description scientifique à Aug. de St. Hilaire. Nous supposons que le vieux mot employé ici par le P. Yves vient du verbe parere enfanter, parce que cet arbre se reproduit par les racines qu’il jette en arcades autour de lui. (Voy. dans nos scènes de la nature sous les tropiques, l’effet du manglier dans le paysage.)

[60] Il y en a de trois sortes. p. 18.

La fâcheuse lacune qui existe ici, permet cependant de reconnaître qu’il s’agit des tortues du Maranham. On prépare au Pará, avec les œufs de ce Chelidonien, ce qu’on appelle la manteiga de Tartaruga ou beurre de Tortue. Il s’en exporte une quantité prodigieuse.

[61] Parmy ces forests il y a une telle multitude de cerfs biches, chevreils, vaches braves. p. 19.

Dans cette énumération assez complète des quadrupèdes qu’on pouvait se procurer à la chasse, un nom frappera naturellement le lecteur, c’est celui de vache brave. Il eût été possible, rigoureusement parlant, que les rives du Mearim eussent reçu quelques individus de la race bovine, introduits déjà depuis longtemps dans la province de Pernambuco : Claude d’Abbeville est même explicite sur ce point. Mais ce n’est pas ce qu’a voulu dire notre bon missionnaire ; la vache brave ou brague, comme il est dit autre part, est le Tapir ou Tapié, selon Montoya : animal fort commun alors d’une extrémité du Brésil à l’autre. Pour le désigner les Espagnols et les Portugais se servaient d’une dénomination empruntée aux maures. Ils l’appelaient aussi Anta ou Danta qui signifie, dit-on, buffle. Lorsque les Américains à leur tour eurent à imposer un nom au bœuf, ils l’appelèrent Tapir-assou. M. Martius fait observer avec raison que le mot s’applique dans la lingoa geral à tout gros mammifère. Ce pachyderme étant le plus gros animal connu de l’Amérique du sud, sa chasse fut bientôt en honneur chez les Européens et il disparut, en grande partie du moins, des lieux où il était le plus répandu. Dans certaines contrées de l’Amérique c’était un animal sacré. A ce titre même, il figure sur divers monuments. Au Brésil les indigènes cherchaient à se le procurer, non-seulement à cause de sa venaison, mais surtout en raison de l’épaisseur de son cuir, dont ils fabriquaient des boucliers, et que ne pouvaient traverser des flèches armées le plus ordinairement d’une pointe aiguë de bois ou d’un roseau affilé. Jean de Lery avait rapporté du Brésil en France, plusieurs de ces rondaches, elles ne parvinrent pas jusqu’en Europe. Une effroyable famine, due à une traversée de cinq mois, obligea le pauvre voyageur à s’en nourrir après les avoir fait ramollir dans l’eau. Ceux de nos lecteurs qui voudront des détails intéressants et exacts sur le Tapir américain, les trouveront dans une excellente dissertation consacrée spécialement à cet animal, elle est due au docteur Roulin bibliothécaire de l’institut. On lit dans le Glossaire de M. Martius une synonimie étendue se rapportant au Tapir. (Voy. p. 479.)

[62] Ils se mirent à chercher les Tabaiares. p. 19.

Il est bien certain que les Indiens de cette tribu se tournèrent contre les Français. Il y a dans l’histoire de cette expédition, un fait qui n’a pas été suffisamment remarqué : C’est que le plus fameux des capitaines indiens, dont le Brésil ait gardé la mémoire, fit ses premières armes au Maranham, durant l’occupation des Français. Le fameux Camarão (la Crevette), le grand chef ou Morobixaba des Tabajares, commandait à 30 archers, durant la lutte qui s’établit entre la Ravardière et Jeronymo d’Albuquerque. Convoqué par le gouvernement portugais pour prendre part à cette guerre, il partit de Rio-grande do Norte où se trouvait son Aldée et se rendit au Presidio de nossa senhora do Amparo, dans le Maranham le 6 septembre 1614. Son frère nommé Jacauna, le suivit ; avec un fils qui n’avait pas plus de 18 ans et qui portait le même nom que lui. Bien des années après, Camarão, qui avait appris la guerre à si bonne école acquit un renom immortel dans les fastes du Brésil, en contribuant à l’expulsion des Hollandais. (Voy. Memorias para a historia da capitania do Maranhão. Cette narration historique a été insérée dans les Noticias para a historia e geografia das Nações ultramarinas.