[63] Un gentilhomme du mesme voyage m’a raconté avoir tué trois sangliers d’un coup de mousquet. p. 19.

Il n’y a pas de véritables sangliers au Brésil et l’on ne peut donner ce nom aux Pecaris ou Tajassús (appelés par les habitans Porcos do Matto). La prouesse du gentilhomme n’a rien d’extraordinaire, parce que les pecaris marchent toujours en troupes nombreuses et que le gros plomb suffit pour les tuer. Martius a donné la synonimie complète de cet animal dans ses Glossaria linguarum brasiliensium. (Voy. la division Animalia cum Synonimis p. 477.)

[64] Ils trouverent des Aioupaues. p. 19.

Un ajoupa est une petite cabane couverte en feuillage et qui se trouve ouverte à tous les vents. Ce mot est encore fort usité dans nos établissements de la Guyane. On voit des représentations d’ajoupas dans Barrère.

[65] Aussitost que cette armee fut retournée de Miary, l’on parla chaudement de faire dans peu de temps le voyage des Amazones. p. 20.

Dès l’année 1542, l’embouchure du grand fleuve avait été explorée par Alphonse le Xaintongeois. (Voy. le ms. original de son voyage à la bibliothèque impériale de Paris.) Jean Mocquet, chirurgien français garde des curiosités de Henri IV, avait visité ses rives. (Voy. le ms. de sa relation à la bibliothèque Ste. Geneviève.) Enfin la Ravardière avait poussé jusque-là une première reconnaissance. Jean Mocquet est tout-à-fait explicite touchant le mythe des Amazones, qui a tant occupé La Condamine et l’illustre de Humboldt. Il tenait tout ce qu’il rapporte de ces femmes belliqueuses, d’un chef nommé Anacaioury. Ce personnage ou peut-être son homonyme, figure comme on le verra bientôt dans Yves d’Evreux. Il commandait à une nation d’Oyapok ou d’Yapoco. Mocquet annonce à ses lecteurs qu’il ne put aller visiter les Amazones comme il le désirait « à cause que les courants sont trop violens pour les vaisseaux et mesme pour son navire et patache qui tiroit desja assez d’eau ».

Tous ces récits sur le grand fleuve avaient laissé en France des impressions si durables, que le comte de Pagan conviait Mazarin quarante ans plus tard, à reprendre des projets oubliés. Pour conquérir l’Amazonie, il veut que l’on s’unisse aux Indiens. Selon lui, le cardinal doit rechercher l’alliance « des illustres Homagues (les Omaguas), des généreux Yorimanes et des vaillants Topinambes. » Jamais certes nos sauvages n’avaient reçu de si pompeuses dénominations !

Il serait bien curieux de retrouver le récit de l’expédition exécutée sur les rives de l’Amazone en 1613, il avait été fait par ordre de la Ravardière et l’on en possédait encore une copie au temps de Louis XIII.

[66] Premierement les femmes et les filles s’appliquent à faire leurs farines de guerre. p. 22.

Gabriel Soares entre dans les détails les plus minutieux touchant la manière dont les Indiens fabriquaient cette farine, dont ils formaient de grands approvisionnements. L’espèce de manioc désignée sous le nom de Carima en faisait la base. Cette racine était d’abord desséchée à un feu doux, et après l’avoir rapée, on la pilait dans un mortier, puis on la blutait bien et ou la mêlait en certaine quantité avec l’autre espèce de manioc, au moment où l’on devait la torréfier. On lui donnait un degré de siccité extrême, et elle se conservait beaucoup plus longtemps que l’autre. On aura du reste, sur cette industrie agricole des aborigènes du Brésil, tous les renseignements désirables dans le Tratado descriptivo do Brasil, p. 167. M. Auguste de Saint Hilaire a dit avec raison que l’exploitation du manioc avait tiré la plupart de ses procédés de l’économie domestique des Tupis ; il a résumé en même temps, de la façon la plus concise et la plus habile, ce qu’il y avait à dire sur la culture de la plante (Voyage dans le district des Diamants et sur le littoral du Brésil. T. 2, p. 263 et suiv.).