[77] Or ces Portugaiz avoient avec eux des Canibaliers Sauvages. p. 34.

Par le mot si vague, qu’emploie ici le P. Yves, nous supposons qu’il prétend désigner des peuples plus sauvages encore que ne l’étaient les Tupinambas, ou se livrant d’une façon plus déterminée à l’anthropophagie. On trouvera dans les œuvres de M. de Humboldt une curieuse définition du mot Canibale. Nous ferons remarquer que cinquante ans auparavant l’époque à laquelle écrivait le P. Yves, on désignait plus spécialement ainsi les Indiens rapprochés de l’équateur. On lit dans l’histoire de la France antarctique d’André Thevet à propos du bois de teinture : « Celui qui est du costé de la rivière de Ianaïre est meilleur que l’autre du costé des Canibales et toute la coste de Marignan » (p. 116 au verso), et plus loin : « Puisque nous sommes venuz à ces Canibales nous en dirons un petit mot, or ce peuple depuis le Cap St. Augustin et au-delà jusques près de Marignan est le plus cruel et inhumain qu’en partie quelconque de l’Amérique. Cette canaille mange ordinairement chair humaine comme nous ferions du mouton » (p. 119).

[78] Nous fusmes inquietez l’espace d’un bon mois de mille rapports, tant des Sauvages qui habitoient pres de la mer, que des François residans aux forts qu’ils oyoient fort souvent tirer des coups de canon du costé de l’islette St. Anne et du costé de Taboucourou. p. 34.

Ce fut en effet sur les bords de l’Itapecurú que les Portugais se présentèrent. Claude d’Abbeville dit quelques mots de ce beau fleuve, mais il en exagère le cours. Nous sommes si peu au fait de la géographie de ces contrées, qu’Adrien Balbi se contente d’introduire son nom dans les tableaux qu’il a dressés des fleuves du Maranham. Mais quels prodigieux changements se sont opérés sur ses rives depuis l’époque où notre bon moine le nommait en altérant son nom. A la place du ces forêts, où erraient jadis les Tymbiras, on cultive le maïs, le manioc, le sucre, le tabac, le coton, et la récolte de cette dernière production est si abondante, qu’elle monte pour deux districts seulement à plus de 35,000 sacs.

Les villes les plus importantes qui s’élèvent sur ce fleuve ne sont pas même connues de nom en France et figurent à peine dans nos livres de géographie. Qui a entendu parler par exemple de la petite cité de Caxias, la riante patrie de Gonçalvez Dias. C’est cependant une ville riche et commerçante, que l’on rencontre sur les bords de l’Itapecurú à soixante lieues de la capitale. Ce n’était en 1821, qu’une bourgade de 2400 âmes environ et aujourd’hui, son accroissement a été si rapide, qu’on lui accorde au-delà de 6000 habitans. Caxias est le centre du commerce qui se fait avec la vaste province du Piauhy et avec les immenses solitudes peuplées de troupeaux qu’on désigne sous le nom de Sertão. Plantée pour ainsi dire dans le désert, elle a des écoles florissantes, un théâtre, des établissements d’utilité publique, qu’on ne rencontre pas toujours dans des villes plus considérables. Le nom de Caxias a d’ailleurs une signification politique au Brésil. Ce fut là, qu’en 1832, sur le morne de Alecrim, fut livrée la bataille à l’issue de laquelle se consolida l’indépendance de la province. Plus tard, sur la colline même qui portait le nom indien das Tabocas eut lieu le combat sanglant, où fut vaincu Fidié et qui inspira des vers si énergiques à Gonçalvez Dias. Il faudrait des volumes pour exposer même sommairement les perturbations qui suivirent cet événement et les luttes orageuses qui se continuèrent dans ce coin ignoré du monde jusqu’en 1848, époque à laquelle le docteur Furtado sut réprimer le brigandage qui désolait la cité naissante. La nature elle seule est grande dans ces régions, 20,000 habitans tout au plus forment la population de ce vaste municipe effleuré à peine par l’agriculture. A la distance où nous sommes d’ailleurs, ces révolutions si longues à raconter, nous font l’effet de celles du moyen-âge qu’enregistre parfois l’histoire locale, mais qu’elle oublie pour ainsi dire aussitôt parce que ces événements ne se lient à aucun des grands intérêts dont le monde se préoccupe. A plus juste raison encore on pourrait appliquer ce que nous disons à villa de Codó, la bourgade la plus florissante de la province après Caxias ; comme elle, elle est baignée par l’Itapecurú, et comme elle un espace de soixante lieues la sépare de la capitale.

[79] Il faudroit qu’ils plantassent des croix pour chasser Giropary. p. 37.

Cette dénomination du mauvais principe, acceptée durant tout le courant de leur publication, par Yves d’Evreux et par Claude d’Abbeville, semble appartenir plus spécialement au nord du Brésil. Martius écrit Jurupari ou Jerupari. Anhánga paraît avoir été plus usité dans le sud. Le Tesoro de la lingoa Guarani, ne renferme pas la signification du mot Giropari. Angaí dans ce précieux dictionnaire, désigne le mauvais esprit. Anhanga aujourd’hui ne signifie plus qu’un fantôme. (Voy. Gonçalvez Dias, Diccionario da lingoa Tupy.)

[80] Ces peuples estoient appelés par les Tapinambos Tabaiares, auparavant qu’ils se fussent reunis. p. 39.

Tabajares, ne signifie nullement ennemi, mais bien les seigneurs de l’Aldée. (Voy. Adolfo de Varnhagen, Historia geral do Brazil, T. 1 ; — Accioli, Revista do Instituto.)

[81] Les François les appellent pierres vertes. p. 39.