[123] Je ne sais pas, si ce que Physiologue escrit de luy est vrai. p. 171.
Il est impossible à ceux qui n’ont pas lu les anciens bestiaires du moyen-âge de donner un sens à cette phrase. Le livre connu sous le titre de Physiologus jouissait encore d’un certain crédit au temps du P. Yves d’Evreux. Nous renvoyons pour les détails précis sur ce curieux ouvrage au recueil savant publié par les R. P. Cahier et Martin, sous le titre de Mélanges d’Archéologie, d’Histoire et de Littérature. 4 vol. in-fol.
[124] Les fourmis du Maragnan ont deux ennemis mortels specialement les gros fourmis, savoir une sorte de chiens sauvages puans au possible. p. 176.
Le prétendu chien, dont parle ici le bon missionnaire est fort éloigné, par sa nature de la race canine. C’est tout simplement le fourmilier, connu des indigènes du Brésil sous le nom de Tamandua. La science lui a imposé celui de Myrmecophaga jubata. Le naturaliste Watterton, qui a si curieusement étudié les quadrupèdes du nouveau monde, dans les lieux mêmes, où ils se livrent sans contrainte à leurs instincts, a donné de cet animal une description excellente. Il y a au Brésil plusieurs espèces de fourmilier. La grosse espèce appelée par les portugais Tamandua cavallo est fort rare. C’est ce surnom qui a probablement induit Claude d’Abbeville en erreur lorsqu’il affirme que le fourmilier est grand comme un cheval. Le mot indien qui désigne ce curieux quadrupède vient de deux mots Tupis : taixi fourmi, et mondé ou mondá prendre.
[125] Ils les prennent encore d’autre façon, et sont les filles et les femmes lesquelles s’asseans à la bouche de leur caverne invitent ces grosses fourmis à sortir. p. 176.
Les femmes Tupinambas, qui chantoient ainsi pour charmer les fourmis et activer la chasse de ces insectes, ne le faisaient pas dans le but unique de les détruire ou de préserver leurs champs de maïs d’une invasion à laquelle rien ne résiste. Les grosses fourmis torréfiées, étaient regardées par elles comme une des friandises les plus délicates, et elles ont légué ce mets à quelques colons du sud auxquels nos modernes Brillat-Savarin ne le disputeront pas. De même que les Arabes mangent encore des sauterelles conservées par le sel ou par la dessication, de même, que les Guaraons des bords de l’Orénoque font leurs délices de la larve du palmier Murichi (nous omettons ici une friandise créole du même genre), de même nos Sauvages amassaient des provisions considérables de ces insectes, et s’en nourrissaient. Le plus véridique des voyageurs, qui aient parcouru le Brésil, M. Auguste de St. Hilaire a trouvé persistante encore, la coutume de manger des fourmis rôties. Après avoir constaté que ce mets étrange est en honneur à Espirito Santo, et que les habitans de Campos, qui sont dans un état continuel de rivalité avec ceux de Villa da Victoria, les appellent Tata Tanajuras, avaleurs de fourmis, il ajoute : « J’ai mangé moi-même un plat de ces animaux, qui avait été apprêté par une femme Pauliste et ne leur ai point trouvé un goût désagréable. » (Voy. le second voyage au Brésil. T. 2, p. 181.)
Martin Soares de Souza, que l’on a appelé avec quelque raison le Grégoire de Tours des Brésiliens est plus explicite que tous les voyageurs sur le parti que les Indiens tiraient des fourmis au point de vue de l’alimentation. Nous copions ici ce curieux passage. Après avoir parlé de la grosse espèce que l’on désigne sous le nom d’Içans, il ajoute : « E estas formigas comem os indios, torradas sobre o fogo, e fazem lhe muita festa ; e alguns homens brancos andan entre elles, e os mistiços as tem por bom jantar, e o gabam de saboroso, dizendo que subem a passas de Alicante ; e torradas son brancas dentro. » Et les Indiens mangent ces fourmis torréfiées sur le feu leur faisant grande fête, et quelques hommes blancs, les imitent et les métis regardent ces insectes comme un bon manger vantant leur saveur et disant qu’elles valent les raisins secs d’Alicante, et rôties elles sont blanches à l’intérieur.
[126] La chasse des lezards que les Tapinambos appellent Taroüire (et sont les grands lezards) et Tyou sont les petits se faict diversement. p. 177.
Il faut écrire Tarauyra, mais ce mot signifie un petit lézard c’est la seconde dénomination qui s’applique à la grosse espèce. Il s’agit ici du Tiú (Tupinambis monitor). La chair de ce reptile est en effet excellente, et la préparation culinaire vantée par Yves d’Evreux, ne devait pas peu contribuer à l’améliorer. La répugnance du bon père à goûter de ce mets, n’est nullement partagée par les descendants d’européens, accoutumés aux meilleures tables. La viande du Tiú ressemble par sa blancheur et par sa délicatesse, à celle du poulet le plus délicat. On la sert au Brésil avec raison sur les tables les plus comfortables.
[127] J’ay veu des araignes de mer tirans à peu pres sur la forme des araignes terrestres, mais fort grandes. p. 181.