Il n’y a peut-être pas de région au monde, en effet, qui renferme une plus grande variété de singes que le Brésil, nous supposons qu’il est ici question d’abord du Guariba ou Mycetes ursinus, puis, que le bon missionnaire a voulu ensuite décrire l’alouate surnommée Stentor. C’est probablement à cette espèce que se rapporte la description si gracieuse et si animée, que donne ensuite notre vieil écrivain. Il est bon de faire observer néanmoins, que le P. Yves se rend dans ce qui précède, l’écho d’une croyance populaire fort répandue au XVIme siècle. Cette espèce de légende des forêts, beaucoup plus applicable aux singes de l’Afrique et de l’Asie qu’à ceux du nouveau monde, n’est pas complétement éteinte dans les campagnes de l’Amérique méridionale, et l’on montra à M. de Castelnau, une femme indienne, qu’on prétendait avoir choisi un époux parmi les singes des grands bois. (Voy. Expédition dans les parties centrales de l’Amérique du sud, de Rio de Janeiro à Lima et de Lima au Pará, exécutée par ordre du gouvernement français. Paris, 1851, partie historique. 5 vols. in-8.)
[133] A une heure presixe. p. 200.
Lisez préfixe. Il suffit d’avoir vécu dans les forêts hantées par les singes, pour reconnaître ici l’exactitude du P. Yves d’Evreux.
[134] Outre ces aigles vous avez de grands oyseaux appelez Ouira-Ouassou presques aussi grands que les autruches d’Affrique etc. p. 203.
Il y a ici erreur évidente, ou plutôt exagération. Le P. Claude d’Abbeville, qui décrit le même oiseau de proie (p. 232), prétend qu’il est « deux fois plus gros que n’est un aigle », qu’il a « la jambe grosse environ comme le bras et la patte en forme de griffon. » — Ceci pourrait s’appliquer au condor tout au plus et il n’y en a point dans cette portion de l’Amérique du sud. Au dire du colonel Accioli cependant le Gavião real est d’une force telle qu’il arrête dans sa course le cerf le plus vigoureux. La description du P. Yves a quelque chose de si fantastique, qu’on pourrait supposer au premier abord qu’elle s’applique à l’autruche américaine le Nandú, qu’on ne rencontre guère que dans les plaines du Ceará et du Piauhy. Un écrivain de la même époque, que nous avons plusieurs fois cité, Gabriel Soares, rétablit les faits en parlant de l’Ura-oaçu. « Ce sont, dit-il, des oiseaux, comme les milans de Portugal, sans aucune différence, ils sont noirs et ont de grandes ailes, dont les pennes sont utilisées par les Indiens pour empenner leurs flèches, ils vivent de rapine. » (Voy. Tratado descriptivo do Brazil em 1587. Rio de Janeiro, 1851. 1 vol. in-8. p. 232.)
Rappelons en passant, qu’au point de vue de la science, car la grâce du style ne fait jamais défaut à notre vieux voyageur, la partie ornithologique est très imparfaite. Ce que dit par exemple le P. Yves de l’oiseau mouche ou du colibri est tout-à-fait inexact : il n’y a rien dans son cri aigu, qui rappelle le chant de l’alouette. Les souvenirs se sont parfois confondus à distance.
[135] Les perroquets fournissent de plumes à leurs hostes pour se braver et faire leur fanfare. p. 205.
Yves d’Evreux veut dire ici, que les Indiens se font braves, se parent avec les plumes des perroquets. Non-seulement les Tupinambas faisaient avec ces plumes des manteaux, des diadèmes, des jambières, mais ils hachaient très menues les petites pennes colorées de ces oiseaux et se couvraient le corps de ce duvet, qu’ils fixaient au moyen d’une gomme. Cette parure sauvage d’un effet singulièrement original est encore en honneur dans certaines tribus. On voit par les récits de Jean de Lery, qu’elle s’est conservée durant plus de trois siècles. Le voyage pittoresque de Debret en offre un spécimen.
[136] Voicy ce qu’on dit, et bien baste. p. 209.
Et bien baste, cela suffit bien : Les Espagnols et les Portugais ont conservé le mot bastar suffire.