[137] Nous n’aurons eu qu’un mort, sçavoir le R. P. Ambroise. p. 210.
Nous avons déjà payé un juste tribut de souvenir à ce bon religieux si zélé, dont la tombe ignorée est au Maranham, dans l’ancien cimetière du petit couvent. Comme l’indique son surnom de religion, le P. Ambroise était né dans la capitale de la Picardie, « de parents fort à leur aise, dit le manuscrit des éloges, et qui lui donnèrent de l’éducation autant que le traficq (sic) qu’il faisaient leur en donnait le loisir. » Après avoir étudié en Sorbonne et au moment où il allait prendre sa licence, il fut touché par les prédications du P. Pacifique de St. Gervais et entra au couvent en 1575, presque aussitôt que fut fondé le monastère de la rue St. Honoré. Il acheva son noviciat en 1599, et il remplit d’abord avec joie, l’office de frère lai. On l’admit bientôt, comme prédicateur et ce fut alors qu’il acquit ce renom de charité qui l’avait rendu si populaire. Il aspirait à plus que cela, « il eût voulu convertir toutes les Indes », dit la notice qu’on lui a consacrée. Le père Yves d’Evreux a rendu un éclatant hommage aux soins dont il entourait ses frères, durant le rude voyage qu’ils avaient à accomplir. Il était à bout de forces, lorsqu’il tomba malade, dans sa pauvre cabane de feuillage le 26 septembre 1612. Une fièvre ardente le dévorait. Toutefois, même après avoir reçu l’extrême onction, il conserva sa raison entière et une raison pleine de fermeté. Transcrivons ici les quelques mots qui font connaître ce que fut la fin du bon vieillard ; Claude d’Abbeville la raconte. « Ayant vu tomber sur luy un petit tableau de St. Pierre, qui estoit au-dessus de sa couche et auquel il avoit une particulière dévotion il dit : allons grand saint, partons puisque vous me venez quérir. Ce qu’aiant dit, il tourna les yeux vers le crucifix et agonisant quelque peu de temps, il rendit sa belle âme à son créateur le 9 octobre 1612, que l’on célèbre la fête du glorieux apôtre de la France St. Denis évêque de Paris. On l’enterra dans un lieu appelé de St. François, qui estoit consacré à notre patriarche, comme les prémices des capucins de France. » (Voy. aussi Eloges historiques de tous les illustres hommes et tous les illustres religieux capucins de la ville de Paris, les uns par la prédication, les autres par les vertus et sainteté de leurs œuvres, les autres par les missions parmy les infidelles, etc. etc. sous le No capucins St. Honoré 4 (ter). Nous ne saurions trop regretter que le 1er volume de cette importante collection soit perdu depuis plusieurs années. Il contenait les annales de la province.
[138] Non obstant la vigne y peut croistre. p. 211.
Le P. Yves dit ici rigoureusement la vérité, mais il ne s’ensuit pas que dans la partie nord du Brésil, on puisse faire du vin. L’obstacle le plus réel à sa fabrication, gît dans la façon dont le fruit de la vigne mûrit sous les tropiques. Sur une même grappe, à côté de grains en pleine maturité, on trouve des grains nombreux, qui sont restés complétement verts. On a fait, dit-on, jadis quelques pièces de vin aux environs de Bahia. En remontant vers le sud et dans la région tempérée de Mendoza, le raisin vient à maturité parfaite et donne un vin des plus délicats. (Voy. entre autres voyages, sur ce point curieux de l’agriculture américaine : Sallusti, Storia delle missione del Chile, 4 vol. in-8., puis ce que dit à ce sujet P. Barrère, Nouvelle Relation de la France équinoxiale, Paris, 1743, 1 vol. in-12, p. 53 et 54.)
[139] Ce pain de May sert de nourriture à plusieurs pays de ce vieil monde. p. 211.
Cette phrase si positive du vieux missionnaire prouve avec quelle rapidité s’était répandu en Europe l’Avati des Brésiliens ; le Maïs des insulaires, que Christophe Colomb observa, dès 1493, comme il remarqua le tabac, à son premier voyage. Une grande discussion, non encore résolue, a été soulevée par les botanistes, à propos de l’origine première du maïs. En ce qui touche celui du Brésil, nous croyons devoir rapporter ici l’opinion d’un savant voyageur, bien digne de faire autorité. Auguste de St. Hilaire, le croyait originaire du Paraguay, où il a été trouvé, dit-il, à l’état sauvage. La culture du maïs est pour tout le sud de l’Amérique, la plante nourricière par excellence et l’on sait préparer sa farine par des procédés bien simples et qui la rendent d’un goût vraiment délicieux. Nous renvoyons pour tout ce qui regarde cette précieuse graminée à l’excellent livre du docteur Duchesne : Traité complet du maïs ou blé de Turquie, Paris, Renouard, 1833, in-8. et au grand ouvrage de M. Bonafous.
[140] La pite. p. 212.
Il s’agit ici de la filasse produite en abondance par une espèce d’Ananas (Ananas non aculeatus, Pitta dictus Plum.), les Portugais en fabriquaient des bas, presque aussi recherchés que les bas de soie.
[141] Vous passeriez le temps tandis que vostre cœur s’accoiseroit. p. 213.
Accoiser est un mot hors d’usage ; il signifie rendre coi, calmer, apaiser.