Comme par exemple : tu as pris tant de peine à nous venir voir ; tu es bon ; tu es vaillant ; et si c’est un François, ou autre étranger de par deçà elles adjousteront tu nous a apporté tant de belles besongnes, dont nous n’avons point en ce pays ; bref comme j’ai dit, elles jettant de grosses larmes tiendront plusieurs tels propos d’aplaudissemens et flatteries. Que si au reciproque le nouveau venu assis dans le lict veut leur agréer : en faisant bonne mine de son costé, s’il ne veut plorer tout-à-fait (comme j’en ai veu de nostre nation qui oyant la brayerie de ces femmes aupres d’eux estoient si veaux que d’en venir jusque-là) pour le moins leur respondant jettant quelques souspirs faut-il qu’il en fasse semblant. Ceste première salutation faite ainsi de bonne grâce par ces femmes, entre puis le moussacat, c’est-à-dire le vieillard maistre de la maison lequel aussi de sa part aura esté un quart-d’heure sans faire semblant de vous voir (caresse fort contraire à nos embrassades, baisemens et touchemens de main à l’arrivée de nos amis). Venant lors à vous : vous dira premièrement ereioubé. C’est-à-dire es tu venu ? etc. etc. » (Voy. Jean de Lery, Histoire d’un voyage en la terre du Brésil. Rouen, 1578, in-8. 1re édition.)

[146] Un autre fut appellé grand Gosier, pour ce qu’on ne pouvait le rassasier : un autre fut nommé Gros Grapau. p. 221.

Lisez crapaud. Ou rencontre au Brésil, une grenouille de dimension prodigieuse à laquelle on a donné le nom de Grenouille mugissante. Claude d’Abbeville a dit : « L’on trouve en ce païs là des crapaux merveilleusement grands qu’ils appellent Courourou. Il y en a de tels qui ont plus d’un pied ou pied et demy de diamètre : quand ils sont escorchés, il ne se peut dire combien leur chair est blanche estans fort bons à manger. J’ay veu des gentilshommes françois en manger avec grand appétit. »

[147] Nos peres nous ont laissé de main en main, par tradition, qu’il estoit venu jadis, un grand Marata du Toupan. p. 229.

Il est évidemment question ici de la fameuse légende brésilienne relative à Sumé, le législateur des Tupis. Dans le curieux opuscule qu’il a publié sur ce personnage, Mr. Adolfo de Varnhagen, raconte son arrivée à l’île de Maranham et comment il disparut au moment où l’on s’apprêtait à le sacrifier. Le mot Marata nous embarrasse, nous l’avons cherché vainement dans Ruiz de Montoya. Est-ce une altération du mot Mair ou Maïr, si souvent employé par Lery et Thevet, lorsqu’il s’agit de désigner un étranger, un personnage extraordinaire. Nous ne saurions répondre sur ce point d’une façon concluante. Sumé qui répand la culture du manioc parmi les sauvages est barbu. On a dit avec raison que c’était un personnage analogue au Manco Capac des péruviens et au Quetzalcoatl des Aztèques. On pourrait ajouter au Zamna de l’Amérique centrale. (Voy. sur ce personnage Adolfo de Varnhagen, Historia geral do Brazil, T. 1, p. 136, et le même, Sumé. Lenda mytho-religiosa americana etc. agora traduzida por um paulista de Sorocaba, Madrid, 1855, broch. in-18 de 39 pag.)

[148] Ils feront venir des Miengarres, c’est-à-dire des chantres musiciens. p. 232.

Le verbe chanter, se dit Nheengar en langage Tupi. Un Nheengaçara est un chanteur proprement dit.

[149] Il luy fut dit en cette vision que ces gens vestus de blanc estoient les Caraybes, c’est-à-dire françois ou chrestiens. p. 248.

Il peut paraître étrange au lecteur, que les français soient assimilés ici aux Caraïbes. Ceux qui ont lu attentivement les œuvres de Humboldt, auront le mot de cette énigme. Les Caraïbes du continent américain, qui formaient une nation immense, étaient renommés dans l’Amérique entière par leur vaillance et par leur perspicacité. Leurs piayes ou si on l’aime mieux leurs devins, l’emportaient sur tous ceux des autres nations ; ils étaient dans le nouveau monde ce qu’étaient dans l’ancien les Chaldéens. Simon de Vasconcellos nous donne la preuve de cette suprématie intellectuelle ; dans le sud du Brésil, les Caraïbe-bébé n’étaient autres que de puissants devins. C’était l’appellation consacrée aux hommes renommés par l’intelligence, aux esprits, aux anges ; on l’appliqua bientôt aux étrangers. Mr. Adolfo de Varnhagen lui-même fait observer que la dénomination de Caryba était au début une qualification accordée aux Européens. On voit (dans l’Historia geral p. 312) que tous les chrétiens étaient désignés ainsi.

[150] Il pria à cet effet que nous lui envoyassions de l’eau du Toupan dans une plotte de coton mise en un Caramémo. p. 249.