[12] On peut lire tout au long la lettre d’Obédience qui fut accordée au P. Yves dans la Chronologie historique des Capucins de la ville de Paris, p. 193, elle est en date du 27 août 1611, et commence ainsi : « Venerando in Christo Patri Yvoni Ebroiensi predicatori ordinis fratrum minorum Sancti Francisci Capucinorum, frater Leonardus parisiensis ejusdem ordinis in Provincia parisiensi licet immeritus salutem in domino, in eo qui est nostra salus. »

Le T. V. Claude d’Abbeville.

Le T. V. P. Arcène (sic) de Paris.

Le T. V. Ambroise d’Amiens.

Les religieux choisis parmi leurs frères, s’étaient prosternés à genoux devant le P. Léonard, pour le remercier humblement de l’honneur auquel ils se trouvaient appelés ; il leur fut annoncé que le voyage serait prochain : Dès l’heure même ils étaient prêts.

Il n’y a nul doute, on le voit, sur la qualité du religieux auquel devait être confiée la direction des missions du Maranham. On a donc quelque peine à comprendre, pourquoi l’ancien gouverneur de la province, Berredo, qui fait autorité au Brésil, accorde le titre de supérieur à Claude d’Abbeville, dont la nomination dans le mouvement hiérarchique suit seulement celle du digne missionnaire appelé à diriger ses travaux. Il fallait certainement que le P. Yves eût acquis déjà dans l’ordre une renommée incontestable, pour qu’on le préférât aux trois religieux qui venaient de lui être adjoints. Tous trois ils étaient prêtres ; comme lui, ils ont donné la preuve qu’ils possédaient une instruction solide, et le troisième d’entre eux, déjà fort avancé dans sa carrière, avait été à diverses reprises revêtu de certains emplois honorables qui attestaient la considération dont il jouissait auprès de ses supérieurs. Le P. Ambroise s’était d’ailleurs voué avec ardeur à toutes les œuvres de charité, durant les années calamiteuses qui avaient pesé sur la fin du siècle, et sa bonté active était si connue, ses prédications ferventes étaient si bien accueillies par le peuple, qu’on l’avait surnommé l’Apôtre de la France[13].

[13] Ses restes reposent au Brésil ; ce fut le seul des quatre missionnaires qui ne revit pas l’Europe. Le P. Ambroise d’Amiens avait fait d’excellentes études, et avait même brillé en Sorbonne ; il allait prendre sa licence, pour se vouer à la magistrature ou simplement au barreau, lorsqu’il se décida en 1575 à entrer chez les Capucins ; c’était un des premiers frères qui eussent habité le couvent de la rue St. Honoré et il y avait rempli à diverses reprises l’office de gardien. Il faut placer entre les années 1584 et 1586, l’époque des courageux dévouements, où il brava les horreurs de la contagion pour secourir la population parisienne, qui lui décerna le surnom sous lequel on le connaissait. L’âge déjà avancé auquel il était parvenu aurait dû le faire exclure du voyage, à l’issue duquel il succomba, mais il est certain qu’on ne put résister à ses instances et qu’il mit tout en œuvre pour faire partie de la mission : il s’y rendit du reste d’une grande utilité. Voy. le ms. de la bibl. imp. intitulé : Eloges historiques de tous les grands hommes et de touts les illustres religieux de la province de Paris, fonds St. Honoré.

Les lettres d’Obédience délivrées au P. Yves d’Evreux par ses supérieurs sont datées du 12 août 1611, et lui ordonnent d’aller s’embarquer à Cancale, où il sera reçu à bord du vaisseau amiral commandé par le lieutenant du roi Razilly.

Le récit détaillé de la longue navigation qui devait conduire les missionnaires au Brésil, la séparation forcée de la flottille, les péripéties de ce voyage, qui dura près de cinq mois, et qui s’effectue aujourd’hui à jour fixe en moins de 25 jours ; tout cela a été dit en termes précis et excellents par Claude d’Abbeville, dans la première partie de la narration et nous ne saurions le répéter ici. Ce que nous pouvons affirmer c’est que le P. Yves n’eut pas seulement à supporter les désagréments d’un voyage maritime, dont nous ne saurions guère nous représenter maintenant les difficultés, mais qu’aux soucis d’une installation déplorable, vinrent se joindre encore bien des fatigues imprévues et, une fois à terre, bien des douleurs poignantes ; telles que celles que lui fit ressentir par exemple, la mort du digne P. Ambroise, puis les vives attaques d’une maladie, qui se renouvela jusqu’à son départ, et auxquelles il faillit succomber. Tout cela a été raconté, simplement, dignement, par le zélé missionnaire beaucoup mieux que nous ne saurions le faire ici.

Ce qu’il ne dit pas, le pauvre moine dont l’exquise sensibilité et la résignation touchante se montrent en tant d’occasions, c’est le chagrin qu’il dut ressentir, quand il vit que le courage imprévoyant de M. de Pézieux, n’avait eu pour résultat que la mort déplorable de cet ami, sans que la vaillance de M. de la Ravardière en pût tirer nul avantage pour le maintien de la colonie ; ce qu’il n’a pu nous raconter, c’est sa déchéance des fonctions de supérieur de la mission, qu’il dut apprendre avant même le triomphe des armes de Jeronymo de Albuquerque et l’expulsion définitive des Français. Pour expliquer cette circonstance dont le digne religieux ne fait nulle mention, il est indispensable de dire ici un mot de la situation administrative, dans laquelle se trouvait le grand couvent de la rue St. Honoré.