Il est inutile de s’appesantir davantage sur la ressemblance des jours des deux calendriers, et un simple coup d’œil suffit pour la trouver. Tout cela joint à l’ignorance où l’on est sur la signification de quelques-uns des noms, dans l’un comme dans l’autre calendrier, donne bien à penser qu’ils eurent une origine commune, les différences qu’on y voit ayant dû être introduites par les prêtres, pour quelque raison particulière. Ces différences, nos péninsulaires les adoptèrent, sans rien changer aux autres choses, soit parce qu’ils y étaient déjà accoutumés, soit que leur signification, oubliée aujourd’hui, leur fût connue alors.

Les Indiens du Yucatan avaient encore une autre espèce de cycle, mais comme on n’a pas retrouvé la méthode usitée par eux, et qu’on ne peut imaginer rien qui en puisse donner une idée, je me contenterai de copier littéralement ce qui en est dit dans un manuscrit:

«Ils avaient un autre chiffre qu’ils appelaient Ua Katun, qui leur servait comme de clef, pour ajuster et trouver les katun et suivant l’ordre de ses mouvements, il tombe aux deux jours du Uayeb haab et retourne à la fin de quelques années: Katun 13, 9, 5, 1, 10, 6, 2, 11, 7, 3, 12, 8, 4.»

Ceci suffit pour indiquer que cette méthode ne servait qu’à trouver les katun ou indictions, ces chiffres commençant à se compter au second jour intercalaire. Si nous cherchons maintenant la course de ces jours par les chiffres signalés, ils se présenteront respectivement tous les dix ans, à commencer par le troisième de l’indiction et formant un ensemble de 130 ans; mais tout ceci est fort vague et n’a autre fondement que des conjectures.

Telle est la description abrégée de l’antique chronologie yucatèque, travail entrepris il y a quelques années, et que je dédiai à mon ami M. Stephens, qui l’imprima dans son ouvrage relatif aux ruines du Yucatan[34]. Mes amis, les éditeurs du Registro Yucateco, verront que si je n’ai pas eu le temps d’écrire quelque chose de neuf, j’ai secoué au moins la poussière de ce cahier, pour le cas où ils jugeraient opportun de lui donner place dans les colonnes de leur estimable revue[35].

NOTES

[1] Il serait difficile de décider la question de savoir si le chiffre 13 était sacré avant l’invention des combinaisons du calendrier, ou si ce furent ces combinaisons qui y donnèrent lieu. On sait, du reste, par le Manuscrit Cakchiquel, que le nombre treize est celui des premiers hommes qui furent créés sous le nom de Chay-Abah, pour la défense de Tullan, c’est-à-dire des treize premiers chefs de la noblesse guerrière, destinée à soutenir les dieux et le sacerdoce. (Voir la note au chapitre précédent de Lizana.) «La cause de cette prédilection, d’après Signenza, c’est que ce chiffre était le nombre des grands dieux.» (Clavigero, Hist. antig. de Mexico, tom. II, lib. VI.)

[2] De chumuc, moitié, milieu, et kin, soleil, jour, exactement midi.

[3] Gama remarque, à propos du calendrier mexicain, que, outre ces subdivisions, le jour civil se divisait encore en seize parties diverses, chacune ayant son nom particulier, huit pour le jour et huit pour la nuit. Elles commençaient au lever du soleil comme chez la plupart des peuples de l’Asie. Les quatre premières, de ce moment à midi, étaient signalées par un gnomon, sur le cadran solaire, et les quatre suivantes par un autre gnomon finissaient au soir. Ces heures étaient surtout à l’usage des prêtres. Les heures de la nuit se réglaient sur les étoiles; mais, en outre, les prêtres chargés de veiller au sommet des temples, annonçaient, par le bruit d’un instrument, les heures des sacrifices qui se répétaient plusieurs fois durant la nuit.