Comment ils savent ce qu’ils veulent de celui qu’ils brûlent, et comment ils exercent leur vengeance.—Lorsqu’ils découvrent le feu, la vapeur qui en sort s’élève jusqu’à ce que ceux-ci la perdent de vue et qu’elle ait produit un bruit perçant en sortant de la fournaise. Elle retourne en bas et entre dans la maison du médecin Buhu-itihu, et à l’instant même celui-ci, s’il n’a pas observé la diète, tombe malade, se couvre d’ulcères, et voit tomber la peau de tout son corps: c’est le signe auquel ils reconnaissent que celui-ci ne s’est pas abstenu, et pourquoi le malade est mort. Tels sont donc les charmes dont ces gens ont coutume d’user.
CHAPITRE XIX. De quelle manière ils font et gardent les Cimi de bois ou de pierre.—Ceux de pierre se font de cette manière. Lorsque quelqu’un va en voyage, dit-on, et qu’il voit un arbre dont la racine remue, l’homme s’arrête avec terreur et lui demande qui il est. Et il lui répond: Je m’appelle Buhu-itihu, et cela te dit ce que je suis. Alors cet homme allant trouver le susdit médecin, lui dit ce qu’il a vu, et le sorcier ou devin court tout de suite voir l’arbre dont l’autre lui a parlé; il commence par s’asseoir auprès et lui fait cagioba, comme nous l’avons dit plus haut, dans l’histoire des quatre frères. La cagioba faite, il se lève sur les pieds; il lui dit tous les titres connus d’un grand seigneur et le questionne ainsi: Dis-moi qui tu es et ce que tu fais ici; ce que tu me veux, et pourquoi tu m’as fait appeler? Dis-moi si tu veux que je te coupe, ou si tu veux venir avec moi; comment tu veux que je te porte, et je te fabriquerai une maison avec son domaine. Alors, cet arbre ou Cimi, devenu idole ou diable, lui répond en lui disant la forme sous laquelle il veut qu’on le fasse. Il le coupe et le fait de la manière qui lui a été commandée. Il lui fabrique sa maison avec son domaine, et souvent, dans l’année, il lui fait la cagioba. Cette cagioba c’est pour lui faire la prière et pour lui plaire; pour lui demander et savoir du Cimi quelques-unes des choses en bien et en mal, comme aussi pour lui demander des richesses.
Mais s’ils veulent savoir s’ils remporteront la victoire sur leurs ennemis, ils entrent dans une maison dans laquelle il n’entre personne que les principaux d’entre les habitants: leur chef est le premier à faire la cagioba et sonne. Tandis qu’il fait la cagioba, aucun de ceux qui sont dans l’assemblée ne parle, jusqu’à ce que le chef ait terminé; mais, après qu’il a fini sa prière, il reste quelques instants, la tête baissée et les bras sur les genoux; ensuite il lève la tête, en regardant vers le ciel, et parle. Alors tous lui répondent à la fois à haute voix; et, quand tous ont parlé, lui rendant grâces, il raconte la vision qu’il a eue dans l’ivresse de la cagioba, qu’il a aspirée par le nez; il dit qu’il a parlé avec le Cimi, qu’ils remporteront la victoire, ou que leurs ennemis fuiront, ou qu’il y aura une grande mortalité, ou des guerres, ou une famine, ou autre chose de ce genre, suivant ce qu’il convient à celui qui s’est enivré de dire. Considérez comment est son esprit; car ils disent qu’il leur semble voir que les maisons tournent, avec leurs fondations, sens dessus dessous, et que les hommes marchent les pieds en l’air. Ils font également cette cagioba aux Cimi de pierre et de bois, comme aux corps morts, ainsi que nous l’avons dit plus haut.
Les Cimi de pierre sont de diverses manières. Il y en a quelques-uns qu’ils disent que les médecins font avec le corps desséché (des morts), et les malades gardent ceux-ci qui sont meilleurs, pour faire accoucher les femmes enceintes. Il y en a d’autres qui parlent, qui sont de la forme d’un gros navet, aux feuilles étendues par terre comme les câpriers, et ces feuilles ont pour la plupart la forme de feuilles d’orme; d’autres ont trois pointes, et ils regardent comme certain qu’ils font naître la yuca. Ils ont des racines semblables au raifort. La feuille de la giutola (xutola) a tout au plus six ou sept pointes, et je ne sais à quoi je pourrais la comparer, car j’en ai vu quelques-unes qui lui ressemblent, en Espagne et en d’autres pays. La tige de la yuca est de la hauteur d’un homme. Parlons maintenant de la croyance qu’ils ont dans ce qui touche aux idoles et aux Cimi, et des grandes erreurs où il les font tomber.
CHAPITRE XX.—Du cimi Bugia (Buxa) et Aiba, qui, disent-ils, fut brûlé par eux, quand il eut des guerres, et à qui il crut des bras et une autre fois des yeux, et dont le corps grandit quand on l’eut lavé avec le jus de la yuca. La yuca était petite, et, avec l’eau et le jus susdit, ils la laissaient afin qu’elle devînt plus grosse: et ils affirment qu’elle donnait des maladies à ceux qui avaient fait ledit Cimi, pour ne pas lui avoir porté à manger de la yuca. Ce cimi avait pour nom Baidrama[52]. Or, quand quelqu’un tombait malade, ils appelaient le Buhu-itihu et lui demandaient d’où était venu sa maladie; et il lui répondait que Baidrama la lui avait envoyée parce qu’il ne lui avait pas envoyé à manger pour ceux qui avaient soin de sa maison; et ceci le Buhu-ituhu disait que le cimi Baidrama le lui avait dit.
CHAPITRE XXI. Du cimi de Guamorete.—Ils disent que quand ils firent la maison de Guamorete, lequel était un homme de condition, ils y mirent un Cimi qu’il tenait sur le haut de sa maison, lequel Cimi s’appelait Corocote[53]: or, dans le temps qu’ils avaient des guerres entre eux, les ennemis de Guamorete brûlèrent la maison où était ledit cimi Corocote. Alors ils disent qu’il se leva et s’en alla loin comme un tir d’arbalète de cet endroit, au près de l’eau; ils disent qu’étant sur la maison, il descendait de nuit et jouait avec les femmes: qu’ensuite Guamorete mourut et que ledit Cimi vint aux mains d’un cacique et qu’il continuait à jouer avec les femmes. Ils ajoutent qu’il lui naquit sur la tête deux couronnes; c’est pourquoi ils disaient: Puisqu’il a deux couronnes, certainement qu’il est fils de Corocote, et ils regardaient cela comme très-certain. Ce Cimi, un autre cacique le posséda ensuite, appelé Guatabanex, et son endroit s’appelait Giacaba.
CHAPITRE XXII.—D’un autre Cimi qu’ils appelaient Opigielguouiran que possédait un autre personnage de condition, qui se nommait Cauauan-Iovana, lequel avait sous lui un grand nombre de sujets.—De ce cimi Opigielguouiran[54] ils disent qu’il a quatre pattes, comme un chien, et qu’il est fait de bois: que souvent, la nuit, il sort de sa maison pour rôder dans les bois, où l’on allait le chercher; on le ramenait à sa maison, l’y liant avec des cordes, ce qui ne l’empêchait pas de retourner dans les bois. Or, lorsque les chrétiens arrivèrent à l’île Espagnole, on dit qu’il s’échappa et s’en alla dans un lac jusqu’où ils suivirent ses traces; mais ils ne le revirent plus jamais, et n’en savent pas davantage à son sujet. Ainsi que je l’ai acheté, ainsi je le vends.
CHAPITRE XXIII.—D’un autre Cimi, qui se nomme Guabancex.—Ce cimi Guabancex était dans le pays d’un grand cacique d’entre les plus distingués, appelé Aumatex: ce Cimi est femelle: et ils disent qu’il est accompagné de deux autres[55]; l’un est celui qui annonce, l’autre celui qui rassemble et gouverne les eaux. Or, quand Guabancex se fâche, ils disent qu’il fait mouvoir le vent et l’eau, qu’il renverse les maisons et arrache les arbres. Ce Cimi, qu’ils disent être femelle, est fait des pierres du pays: les deux autres Cimi dont il est accompagné, sont appelés l’un Guatauva; c’est le messager et l’avant-coureur qui ordonne, par le commandement de Guabancex, à tous les autres Cimi de cette province de l’aider à faire beaucoup de vent et d’eau; l’autre s’appelle Coatrischie; c’est lui qui rassemble les eaux dans les vallées entre les montagnes, et qui les laisse aller ensuite pour qu’elles bouleversent le pays. Et ceci, ces gens-là le tiennent pour certain.
CHAPITRE XXIV.—De ce qu’ils croient d’un autre Cimi qui se nomme Faragauaol.