[56] Ce qui suit dans l’opuscule du frère Romain n’a plus aucun rapport avec les choses précédentes, c’est l’histoire de la conversion de quelques caciques, mêlée de miracles légendaires et sans le moindre intérêt dans la matière que nous traitons ici.


ESQUISSE D’UNE GRAMMAIRE
DE
LA LANGUE MAYA
D’APRÈS CELLES
DE BELTRAN ET DE RUZ.

A l’époque de la découverte du continent américain, le maya était la langue unique de toute la péninsule yucatèque et d’une partie des régions voisines, comprises actuellement sous le nom de Peten et de Lacandon, ainsi que des cantons fertiles arrosés par les nombreuses embouchures de l’Uzumacinta et du Tabasco. A cette langue se rattachaient différents dialectes: d’un côté, c’étaient le mopan, le peten et le chol, qui paraissent s’en être éloignés beaucoup, depuis lors; de l’autre, le tzendal, le zotzil et le mam, alliés également de fort près autrefois, mais qui s’annoncent plutôt comme un trait d’union entre les trois autres et le groupe quiché-guatémalien. Au rapport de Landa, l’Adelantado Montejo fut un des premiers qui eût travaillé à acquérir quelque connaissance de la langue des Mayas, afin, dit-il, de pouvoir converser avec eux. Les Franciscains, à qui était échue l’œuvre de la conversion du Yucatan, ne tardèrent pas à suivre son exemple, et celui qui s’appliqua tout d’abord à enseigner leurs enfants fut le Français Jacques de Testera, frère d’un chambellan de François Iᵉʳ, que les Espagnols chassèrent du Yucatan, à cause du zèle avec lequel il défendait les indigènes de leurs excès.

A la suite de la seconde expédition de Montejo, d’autres franciscains furent envoyés à Campêche et à Merida, où ils travaillèrent avec ardeur à se rendre maîtres des premiers éléments de la langue. Celui qui obtint le plus de succès fut le Père Luis de Villalpando, qui commença à l’apprendre d’abord, ajoute ici Landa, par signes et à l’aide de petites pierres, à la manière de ceux dont parle Torquemada[1]. La grammaire qu’il composa sur le plan des grammaires latines de son temps, augmentée et perfectionnée par Landa, aurait été publiée au rapport de Pinelo; mais, si elle existe, les exemplaires en sont aujourd’hui perdus. Quoi qu’il en soit, cet ouvrage servit de base à plusieurs autres du même genre: telles furent les grammaires du Père Julian de Quartes, de Juan Coronel, de Juan de Azevedo, de Francisco Gabriel de San-Bonaventura et de Pedro Beltran de Santa-Rosa-Maria[2]; mais, à l’exception des ouvrages de ces deux derniers, on ne connaît rien aujourd’hui d’imprimé à ce sujet jusqu’à la grammaire publiée par le Père Joaquin Ruz, en 1844[3].

Le Père Pedro Beltran, parlant de la langue maya, dit, dans la préface, qu’elle est «gracieuse dans la diction, élégante dans les périodes et concise dans le style; capable d’exprimer souvent, dans un petit nombre de mots et de syllabes, le sens de plusieurs phrases. Si le disciple, ajoute-t-il, surmonte une fois la difficulté que présente au premier abord la prononciation de quelques consonnes extrêmement gutturales, il n’éprouvera guère d’embarras ensuite, pour se mettre au courant de la langue.»

DE L’ALPHABET.

L’alphabet de la langue maya manque des lettres d, f, g, j, q, r, s, v; mais elle en a d’autres, en revanche, que nous n’avons pas dans le français, deux, entre autres, où l’on trouve jusqu’à un certain point le son du d, du j et du z; tels sont le ɔ (c renversé), qui doit se prononcer dz, et le çh, que les livres modernes du Yucatan représentent avec un h barré ou croisé par le haut, mais que nous rendons ici par un ç pour plus de commodité. Autant qu’il nous est possible de nous en rendre compte, le son de ces deux lettres doit se rendre à peu près comme dj; mais elles se présentent rarement et dans un petit nombre de mots, où elles ne paraissent être qu’une variété du ch ordinaire de l’espagnol, qui se prononce tch.

La lettre c est dure indifféremment devant toutes les voyelles, autant que le k ou le q français; ainsi cimil, la mort, se prononce kimil. La lettre h est toujours aspirée avant ou après les voyelles, comme le j ou jota en espagnol[4]. I, devant une autre voyelle, prend le son de notre y, commun dans les ouvrages modernes, mais qui, d’ordinaire, est remplacé par deux ii dans les plus anciens, ou ij. K, différent du nôtre, a un son guttural que l’usage seul peut enseigner. Le pp est beaucoup plus fort que le p simple; il est, ainsi que le th, représenté dans les anciens ouvrages par tt ou double t; car il est de la classe des lettres américaines qu’on appelle détonnantes, le th maya n’ayant aucune analogie avec le th anglais. U est toujours prononcé ou, se modifiant légèrement en w devant une autre voyelle. La lettre x représente le son du ch français (en anglais sh), et le z a pour ainsi dire le son de notre s dur.