§ XII.—Montejo s’embarque pour le Yucatan et en prend possession. Les Chèles lui cèdent pour s’établir le cité de Chichen Itza. Les Indiens l’obligent à le quitter.

Dans le temps que Montejo resta à la cour, il négocia pour lui-même la conquête du Yucatan, quoiqu’il eût pu négocier des choses plus avantageuses. On lui donna le titre d’adelantado, après quoi il vint à Séville, où il prit avec lui un de ses neveux, âgé de treize ans et portant son nom: il trouva aussi à Séville son fils, qui avait alors vingt-huit ans et qu’il emmena également avec lui. En même temps, il travailla à arranger son mariage avec une dame de cette ville, veuve et riche, ce qui lui donna le moyen de réunir cinq cents hommes, qu’il embarqua dans trois navires. Il continua ensuite son voyage avec eux et aborda à Cuzmil, qui est une île du Yucatan: les Indiens ne s’émurent pas à son arrivée, accoutumés qu’ils étaient aux Espagnols de Cortès. Durant son séjour en cet endroit, il s’occupa d’apprendre un grand nombre de mots de leur langue, afin de s’entendre avec eux; ensuite, il mit à la voile pour le Yucatan, et son porte-drapeau prit possession du pays, le drapeau à la main, disant: «Au nom de Dieu, je prends possession de la terre pour Dieu et pour le roi de Castille!»

De cette manière, il descendit la côte, qui était alors fort peuplée, jusqu’à Conil, ville située dans cette direction[74]; mais les Indiens, alarmés à la vue de tant de gens et de chevaux, donnèrent avis à toute la terre de ce qui se passait, attendant la fin de l’entreprise des Espagnols.

Les seigneurs indigènes de la province de Chicaca[75] se présentèrent à l’adelantado avec des intentions pacifiques, et ils reçurent de lui un accueil bienveillant. A leur suite venait un homme qui se distinguait par sa force: il arracha un sabre à un nègre qui le portait en arrière de son maître, et voulut tuer l’adelantado qui se défendit; entre temps, les Espagnols arrivèrent, le bruit s’apaisa; mais ils comprirent qu’il fallait marcher en se tenant sur leurs gardes.

Ayant cherché à savoir quelle était la ville la plus considérable, on lui désigna celle de Tecoh, soumise à la seigneurie des Chèles[76], située sur la côte en bas, par le chemin que les Espagnols avaient pris. Les Indiens, s’imaginant qu’ils étaient en route pour sortir de la contrée, n’en prirent aucune alarme, et ne mirent point d’obstacle à leur marche; de cette manière, ils arrivèrent à Tecoh, qu’ils trouvèrent être une ville plus grande et plus belle qu’ils ne l’eussent pensé. Il était fort heureux que les chefs du pays ne fussent pas les Covohes de Champoton[77], qui s’étaient montrés constamment plus courageux que les Chèles; car ceux-ci, avec le sacerdoce qu’ils ont continué à garder jusqu’aujourd’hui[78], ne sont pas aussi orgueilleux que les autres. C’est ce qui fait qu’ils concédèrent à l’adelantado l’autorisation d’édifier une ville pour les gens de sa suite; ils lui donnèrent à cet effet le site de Chichen-Itza, à sept lieues de là, et qui est des meilleurs[79]. Il en partit ensuite pour soumettre le pays, ce qu’il fit avec facilité; les Ahkin-Chel ne lui offrant aucune résistance et les Tutuxius lui prêtant leur aide, les autres ne purent mettre que peu d’entraves à sa marche.

L’adelantado demanda alors du monde pour bâtir à Chichen-Itza, et en fort peu de temps il construisît une bourgade, faisant les maisons de bois et le toit d’une sorte de palmes fort grandes et de paille, dont se servaient les Indiens. Voyant donc que les Indiens obéissaient sans murmure, il se mit à dénombrer la population du pays, qui était considérable, et partagea les communes entre les Espagnols; on dit que le moins qu’ils eussent chacun en partage était deux ou trois mille Indiens; c’est ainsi qu’il commença à mettre ordre parmi les indigènes sur la manière dont ils avaient à faire leur service dans la nouvelle ville, ce qui ne plut que médiocrement aux Indiens, bien qu’ils ne le manifestassent pas pour le moment.

§ XIII.—Montejo deja á Yucatan con toda su gente y vuelve a Mexico. Su hijo Francisco de Montejo pacifica despues a Yucatan.

Que el Adelantado Montejo no poblo a proposito.... de quien tiene enemigos, porque estava muy lexos de la mar, para tener entrada y salida a Mexico y para las cosas de España; y que los indios pareciendoles una cosa dura servir a estrangeros donde ellos eran señores, començaron a offenderle por todas partes, aunque el se defendia con sus cavallos y gente, y les matava muchos; pero los indios se reforçavan cada dia y de manera que los vino a faltar la comida, y que al fin dexaron la cibdad una noche, poniendo un perro atado al badajo de la campana y un poco de pan apartado que no lo pudiesse alcançar, y que cançaron el dia antes a los indios con escaramuças para que no los siguiessen, y que el perro repicava la campana por alcançar el pan, lo qual hizo mucha maravilla en los indios, pensando que querian salir a ellos, y que despues de sabido, estavan muy corridos de la burla y acordaron seguir a los españoles por muchas partes por no saber el camino que llevavan; y que la gente que fue por aquel camino alcançaron a los españoles, dandoles mucha grita como a gente que huye y que seis de cavallo les esperaron en un raso y alcançaron muchos dellos y que uno de los indios asio de la pierna de un cavallo y le detuvo como si fuera un carnero, y que los españoles llegaron a Zilan que era muy hermoso pueblo cuyo señor era un mancebo de los Cheles ya christiano y amigo de españoles, el qual les trato bien y que estava cerca Ticokh, lo qual y todos los otros pueblos de aquella costa estavan en obediencia de los Cheles, y que assi los dexavan estar seguros algunos meses.

Que el Adelantado viendo que desde alli no se podia socorrer de las cosas de España, y que si los indios tomavan sobre ellos que serian perdidos, acordo de irse a Campeche y a Mexico, dexando a Yucatan sin gente y que avia desde Zilan a Campeche quarenta y ocho leguas muy pobladas de gente, y que dieron parte a Vamuxchel, señor de Zilan, y el se ofreció de asegurarles el camino y acompanarlos, y que el Adelantado trato con el tio deste señor que era señor de Yobain que le diesse dos hijos que tenia bien dispuestos para que le acompañasen, de manera que con estos mancebos primos hermanos los dos en colleras, y el de Zilan a cavallo llegaron seguros a Campeche donde fueron recebidos en paz y se despidieron los Cheles, y volviendose a sus pueblos, se cayo muerto el de Zilan, y que desde alli partieron para Mexico donde Cortes avia señalado repartimientos de indios al Adelantado aunque estava ausente.