§ XV.—Barbaries des Espagnols envers les indigènes; comment ils se disculpent.

Ce n’était pas sans douleur que les Indiens voyaient s’appesantir sur eux le joug de la servitude: mais les Espagnols tenaient leurs communes habilement réparties sur toute l’étendue du pays. Il n’en manqua cependant pas d’entre les Indiens qui excitassent leurs frères à la révolte, à quoi ceux-là répondirent par des châtiments cruels qui causèrent une diminution sensible dans la population. Quelques-uns des principaux seigneurs de la province de Cupul furent brûlés vifs et d’autres pendus. On fit une information juridique contre ceux de Yobaïn, ville des Chèles; on se saisit des plus distingués d’entre les chefs et on les mit aux fers, dans une maison, qu’ensuite on livra aux flammes. Ces infortunés furent brûlés vivants dans l’embrasement avec la plus grande inhumanité du monde, et ce Diego de Landa dit qu’il vit, près de cette ville, un grand arbre aux branches duquel un officier pendit un grand nombre de femmes indiennes, en pendant, en outre, leurs petits enfants à leurs pieds. Dans cette même ville et dans une autre du nom de Verey, à deux lieues de celle-là, ils pendirent deux Indiennes, l’une encore vierge, et l’autre mariée récemment, qui n’avaient d’autre crime que leur beauté. Ce fut au point que l’on craignit que les Espagnols ne se révoltassent eux-mêmes contre leurs chefs, à cause de ces femmes: les capitaines qui commandèrent cette barbarie n’en agirent de cette sorte que pour laisser croire aux Indiens que les Espagnols étaient insensibles à leurs femmes: aussi le souvenir de la beauté de ces deux victimes et la cruauté de ceux qui les condamnèrent, n’est-elle pas restée moins vivante parmi les Espagnols, que parmi les Indiens eux-mêmes[87].

Les Indiens des provinces de Cochua et de Chectemal s’étant soulevés, les Espagnols les pacifièrent si bien, que ces deux provinces, qui étaient auparavant les plus peuplées et les plus remplies de monde, demeurèrent les plus désolées de toute la contrée; ils commirent des cruautés inouïes, tranchant les mains, bras et jambes, coupant les mamelles aux femmes, les jetant dans des lagunes profondes avec des calebasses attachées aux pieds, frappant à coups de crosse les petits enfants, parce qu’ils ne marchaient pas aussi vite que leurs mères. Quant à ceux qu’ils emmenaient à la chaîne, s’ils devenaient malades et n’allaient pas comme les autres, ils leur coupaient la tête au milieu des autres pour ne pas se donner la peine de s’arrêter et de les délier; c’est avec ces traitements inhumains qu’ils traînaient à leur suite pour leur service un grand nombre d’hommes et de femmes qu’ils avaient réduits en esclavage. On affirme, cependant, que don Francisco de Montejo n’eut à se reprocher aucune de ces barbaries, et qu’il ne s’en commit jamais en sa présence; loin de là, il les condamna toujours, mais ne fut pas assez puissant pour y mettre un frein.

Les Espagnols s’efforcent de se disculper à ce sujet, en disant qu’étant en petit nombre, ils n’auraient pu soumettre tant de monde, s’ils ne leur avaient imposé par la terreur de ces terribles châtiments: ils apportent pour exemple l’histoire, comme aussi le passage des Hébreux à la terre de promission, où il y eut de si grandes cruautés commises par ordre de Dieu; mais, de leur côté, les Indiens avaient raison de chercher à défendre leur liberté et de mettre leur confiance dans les vaillants chefs qu’ils avaient parmi eux, dans l’espoir de se délivrer ainsi des Espagnols.

On raconte d’un arbalétrier espagnol et d’un archer indien, l’un et l’autre également adroits, que depuis quelque temps ils cherchaient à se surprendre mutuellement, mais qu’ils n’avaient pu réussir jusque-là à se trouver en défaut de vigilance. L’Espagnol feignant un jour de s’oublier un moment, mit un genou en terre: l’Indien lui lança alors une flèche à la main qui lui fit monter le bras et entr’ouvrir les jambes; mais au même instant l’Espagnol lâcha son coup d’arbalète à travers la poitrine de l’Indien; se sentant blessé à mort, celui-ci ne voulant pas qu’on pût dire qu’un Espagnol l’avait tué, coupa une liane, semblable à de l’osier, mais fort longue, et s’y pendit en vue de tous; et de ces actes de courage il y a un grand nombre d’exemples.

§ XVI.—Modo de los pueblos de Yucatan. Cedula real en favor de los indios. Muere el Adelantado; sus descendientes por su hijo don Francisco de Montejo.

Que antes que los españoles ganassen aquella tierra vivian los naturales juntos en pueblos con mucha policia y que tenian la tierra muy limpia y desmontada de malas plantas, y puestos muy buenos arboles. Y que la habitacion era de esta manera: en medio del pueblo estavan los templos con hermosas plaças y entorno de los templos estavan las casas de los señores y de los sacerdotes, y luego la gente mas principal; y que assi yvan los mas ricos y estimados mas cercanos a estos y a los fines del pueblo estavan las casas de la gente mas baxa. Y que los pozos donde avia pocos estavan cerca de las casas de los señores, y que tenian sus heredades plantadas de los arboles de vino y sembrado con algodon, pimienta y maiz, y que vivian en estas congregaciones por miedo de sus enemigos que los captivavan, y que por las guerras de los españoles se desparzieron por los montes.

Que los indios de Valladolid por sus malas costumbres, o por el mal tratamiento de los españoles se conjuraron de matar a los españoles quando se dividian a cobrar sus tributos y que en un dia mataron a 17 españoles, y 400 criados de los muertos y de los que quedaron vivos, y que luego embiaron algunos braços y pies por toda la tierra en señal de lo que avian hecho, para que se alçassen: mas no lo quisieron hazer y con esto pudo el Adelantado socorrer a los españoles de Valladolid y castigar a los indios.

Que el Adelantado tuvo desasosiego con los de Merida y muy mayores con la cedula del emperador con la qual privo de indios a todos los governadores, y que fue un receptor a Yucatan y quito al Adelantado los indios y los puso en cabeça del rey, y que tras esto le tomaron residencias a la Audiencia real de Mexico la qual le remitio al Consejo real de Indias en España, donde murio, lleno de dias y trabajos, y dexo a su muger doña Beatriz en Yucatan mas rica que el, y a don Francisco de Montejo su hijo casado en Yucatan y a su hija doña Catalina casada con el licenciado Alonso Maldonado presidente de las Audiencias de Honduras y Santo Domingo de la Isla Española, y a don Juan de Montejo español, y a don Diego mestizo que uvo en una india.

Que este don Francisco despues que dexo el govierno a su padre el Adelantado, vivio en su casa como un particular vezino, quanto al govierno, aunque muy respetado de todos por aver conquistado, repartido y regido aquella tierra; fue a Guatimala con su residencia y torno a casa. Tuvo por hijos a don Juan de Montejo que caso con doña Isabel, natural de Salamanca, y a doña Beatriz de Montejo (que caso con) su tio primo hermano de su padre, y a doña Francisca de Montejo que caso con don Carlos de Avellano, natural de Guadalaxara. Murio de larga enfermedad despues de averlos visto a todos casados.